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Conseil n° 8. Soignez la carte de vos restaurants clandestins

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Conseil n° 8. Soignez la carte de vos restaurants clandestins

Illustration : © Alain Pilon/Costume 3 Pièces pour PM

Cet article est issu du numéro 149 de Philosophie magazine, en kiosque le 29 avril 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le monde est essentiellement divisé en deux catégories : les autres et moi. Les autres doivent porter un masque, tousser dans leurs coudes, respecter les gestes barrières, ne doivent jamais se réunir à plus de six, ont l’obligation de déserter les lieux publics. C’est normal. Tout le monde le comprend. Il s’agit de ne pas diffuser la pandémie.

Et puis, il y a moi. Moi, c’est différent, moi, je me connais, moi, je suis un peu à part, moi, je ne suis jamais malade. En plus, moi, je connais du monde, du beau monde en plus. Du monde un peu comme moi. Du monde qui s’arrange. Du monde un peu au-dessus des contingences souvent vulgaires, un peu au-dessus des lois. 

Voyez-vous, c’est normal que je participe à des soirées privées, car mon métier est essentiellement basé sur la rencontre humaine. Je n’y peux rien. Je suis un type particulièrement sociable. Quand je déjeune, je travaille. Quand je dîne, je bosse. Manger, c’est mon gagne-pain. Quand je me tartine du caviar, ça fait partie de mon activité professionnelle. Quand je trempe mes lèvres dans une coupe de champagne, vous croyez que je suis en train de rigoler ? Non, je suis en plein brainstorming. 

C’est ça que les gens ne comprennent pas. (Quand je parle des gens, je parle des autres, ceux qui n’ont pas mon entregent, ceux qui sont petits, jaloux, ceux qui risquent de propager la maladie.)

En plus, ce que j’aime dans la vie, c’est le danger. J’ai la nostalgie des émotions fortes. Depuis l’époque bénie, souvenez-vous, ça fait une paye, où j’avais dû transporter un cochon entre la rue Poliveau et la rue Lepic, je commençais à m’ennuyer un peu. (À propos, j’ai rencontré monsieur Jambier récemment, d’un commerce toujours aussi agréable, toujours sympathique, ses affaires marchent de mieux en mieux, il s’est agrandi, il organise des soirées dans sa cave…).

Ne croyez pas que je sois incapable de civisme. Depuis le début de la pandémie, je ne m’assois jamais à côté de mon chauffeur. Toujours à l’arrière. 

Bien sûr, je ne prends jamais le métro. Jamais le bus non plus.

D’ailleurs, je ne comprends pas qu’on laisse les gens s’entasser dans les rames sans aucun souci de distanciation sociale. C’est là qu’il faudrait aller faire des contrôles, à Barbès, à Châtelet, à Strasbourg-Saint-Denis, sur le coup des 8 heures du matin, aux alentours de 6 heures du soir. Depuis toujours, on est bien obligé de le constater, ce sont les salauds de pauvres les plus dangereux.

Au restaurant clandestin, il faut savoir bien choisir son menu. Pour la viande, j’opte toujours pour un bœuf ou un poulet à l’étouffée. En dessert, je commande un mystère.

Et en entrée, d’office, je prends un avocat. Je risque d’en avoir sacrément besoin.  

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Empathie Intersubjectivité