Exposition

Coups de boule

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© BnF Estampes

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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris, met à l’honneur les globes. Une vaste exposition explore les dimensions métaphysique de la sphère, jusqu’au 26 mars.

Parce qu’elle est à la fois difficile et parfaite, qu’elle évoque l’unicité de toute chose et notre planète, la sphère hante l’histoire des représentations. La Cité de l’architecture et du patrimoine passe en revue les édifices, utopiques ou réalisés, qui mobilisent cette forme idéale. De l’idée d’envoyer des lunes artificielles en briques dans l’espace, en guise de points de repère aux navigateurs, jusqu’au désir de l’architecte Rem Koolhaas d’établir une « forme pure » en plein désert (aux Émirats arabes unis), en passant par le projet de cénotaphe à Newton d’Étienne-Louis Boullée (photo), l’auditorium sphérique d’Osaka, au Japon, conçu comme un écrin pour la musique de Stockhausen ou la construction du « Temple de la Mère », à Auroville, en Inde – une boule d’or émergeant d’un cratère –, la conception des globes recouvre au moins trois ambitions. La première est pédagogique : ils attestent une maîtrise des connaissances scientifiques et techniques. La deuxième est ludique : on entre dans des attractions de foire ou des machines à sensation, reproduisant la surface terrestre ou la voûte céleste. La dernière est symbolique. La fascination pour la sphère atteste d’une ambition, comme l’écrit Peter Sloterdijk dans son essai Globes (2010) : faire entrer « le cosmos entier sous le signe de la domesticité ». Pour le philosophe allemand, « on pourrait dire, dans l’esprit d’une définition, que la philosophie originelle était le passage à une pensée monosphérique – c’est-à-dire au défi d’interpréter l’étant dans son ensemble au moyen de l’idée formelle de boule. Avec ce coup de force formalisateur, les individus pensants ont été attelés à une forte relation avec le centre de l’être et ne jurent plus désormais que par l’unité, la totalité et la rondeur de l’étant. Raison pour laquelle ici, la géométrie a précédé l’éthique et l’esthétique ; d’abord vient la sphère, ensuite la morale ». À force de maquettes, de plans, de films et de simulations, visibles grâce à des casques de réalité augmentée, l’exposition fait le tour de cette idée métaphysique avec une richesse qui séduira aussi bien les amateurs de Jules Verne que les scientifiques, les philosophes, et les rêveurs.

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