Personnalité.
Craig Wright, derrière le Bitcoin, un philosophe… et un imposteur ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Ce n’est pas la même chose si je signe Jean-Paul Sartre ou si je signe Jean-Paul Sartre, prix Nobel », affirmait l’auteur de L’Être et le Néant pour justifier son refus d’accepter cette distinction, en 1964. C’est en se référant à cette formule que Craig Wright, jeune entrepreneur et informaticien australien ayant soutenu un doctorat en théologie à l’Université du Queensland, a voulu justifier sa décision de révéler qu’il était le mystérieux inventeur de la monnaie cryptographique et virtuelle Bitcoin : « Ce n’est pas la même chose si je signe Craig Wright ou si je signe Craig Wright, Satoshi. » Satoshi Nakamoto était le pseudonyme pris en 2008 par le créateur de cette monnaie, au moment de son lancement. Un nom de philosophe, déjà : Tominaga Nakamoto est un penseur japonais important du XVIIIe siècle : rationaliste et athée, défenseur du libre-échange, il critiquait le bouddhisme comme le confucianisme et le shintoïsme, dont il dénonçait le culte du secret et la pratique de la clandestinité – qui est « le début du mensonge ». Sauf que la sortie de la clandestinité de Craig Wright est peut-être… elle aussi mensongère. Après avoir convoqué la presse le 2 mai dernier pour attester de ses titres de légitimité, Craig n’a pas supporté les doutes de certains spécialistes et a fait volte-face dès le lendemain, alors même que les éléments qu’il avait soumis à des proches de la fondation Bitcoin avaient été acceptés. Dans un texte posté sur son blog et intitulé « Je suis désolé », il écrit : « Je croyais que je pouvais le faire. Je croyais que je pouvais mettre les années d’anonymat et de secret derrière moi. Mais alors que les événements de cette semaine se déroulaient et que je me préparais à publier la preuve de l’accès aux premières clés, j’ai craqué. Je n’ai pas le courage. Je ne peux pas… Je sais que le monde ne pourra jamais croire cela maintenant. Je peux seulement dire que je suis désolé. » C’est dorénavant derrière le masque de deux philosophes, Sartre et Satoshi, que se sont repliés les auteurs du Bitcoin, dont une unité parmi les 15 millions en circulation s’évalue aujourd’hui à plus de 450 dollars.