L'innovation
“Cyberabeilles” : du miel dans les rouages ?
Pilotées ou laissées en autonomie, ces abeilles robotiques volent à une vitesse de 35 centimètres/ seconde et peuvent effectuer des vols stationnaires de près de 17 minutes© Suhan Kim, Yi-Hsuan Hsiao, Zhijian Ren, Jiashu Huang, Yufeng Chen / MIT
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Cet article est issu du numéro 187 de Philosophie magazine « Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ? », en kiosque le 20 février 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Que faire face à la disparition des abeilles, pollinisateurs essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes ? Une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT), aux États-Unis, a imaginé de petits robots ailés capables de remplir le même rôle.
Pilotées ou laissées en autonomie, ces abeilles robotiques volent à une vitesse de 35 centimètres/seconde et peuvent effectuer des vols stationnaires de près de 17 minutes. Si leurs performances restent inférieures à celles de leur modèle, ces nanorobots biomimétiques, qui ne craignent ni la pollution ni les prédateurs naturels, pourraient devenir à terme plus efficaces que les vraies abeilles.
L’utilisation à grande échelle de ces nanodrones pourrait avoir d’autres usages que la seule préservation de la biodiversité, comme améliorer celle-ci dans les régions délaissées par les abeilles ou accroître l’efficacité de la pollinisation agricole, par exemple.
Le projet du MIT n’est pas le seul de ce genre. Des équipes de Harvard (avec RoboBees), de l’université de l’État de Washington (avec Bee++) ou de celle de Virginie-Occidentale (avec Stickbug) ont produit des travaux similaires. Les entreprises ne sont pas en reste : Walmart a ainsi déposé un brevet d’abeille robotisée en 2018. La prophétie d’Isaac Asimov dans sa nouvelle L’Homme bicentenaire (1976) semble en passe de devenir réalité : « Il n’est pas du tout inconcevable que nous puissions fabriquer des abeilles-robots qui serviront à fertiliser certaines plantes. » Le risque de ce « solutionnisme » technologique est patent, comme le soulignait en 2018 l’agroécologue Nicolas J. Vereecken dans l’article « Les abeilles-robots peuvent-elles sauver notre agriculture ? » : « Le fait d’accorder un tant soit peu d’intérêt aux abeilles-robots ne contribuera qu’à éloigner encore un peu plus le grand public, les agriculteurs et nos représentants politiques des questions essentielles pour la conservation de nos pollinisateurs. » Si ces projets aboutissent et si les abeilles ne nous paraissent plus indispensables, leur disparition pourrait rendre superflue la nécessité de transformer les pratiques agricoles mettant en péril leur survie. La solution robotique est « très loin d’être économiquement viable », mais elle permet de préserver notre modèle agricole : c’est ce qui fait son pouvoir d’attraction.