Société
Meurtre de Lola : dans les rouages de la récupération politique d’un fait divers
Paris, le 20 octobre 2022. Un manifestant tient un portrait de “Lola” surplombant le slogan (hors cadre) “Justice pour Lola”, lors d’un rassemblement initié par l’organisation d'extrême droite Institut pour la justice. © Emmanuel Dunand/AFP
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Pour l’heure, le crime est à la fois innommable et incompréhensible. Pourtant, Lola, la jeune fille de 12 ans assassinée dans des circonstances terribles le 14 octobre dernier, est déjà devenue le symbole de plusieurs mouvements d’extrême droite. Comment expliquer cette récupération ?
L’extrême droite et une partie de la droite se livrent en ce moment à une stratégie connue. Ces partis cherchent à monétiser et à « capitaliser » la vive émotion qu’a fait naître en France le meurtre, particulièrement atroce, d’une fillette dans le 19e arrondissement de Paris.
L’enquête ne fait que commencer et nous ne connaissons pas les causes précises de ce crime. Mais à partir du moment où le statut d’immigrée de la coupable a été annoncé et divulgué au public, groupuscules locaux d’ultra-droite et organisations politiques proches du parti d’Éric Zemmour, Reconquête, se sont mis en action avec une rapidité affolante, indépendamment du délai de décence et des autres informations que pourrait fournir une enquête plus approfondie. En un clin d’œil, et contre la volonté de sa famille, « Lola » est devenue un symbole de l’extrême droite française. Que s’est-il passé ?
De l’émotion brute à l’affect politique
Manifestations violentes, pose d’affiches par l’Action française, rachat des noms de domaines comprenant le nom « Lola » par le parti Reconquête… Les méthodes employées par divers mouvements d’extrême droite ont été particulièrement offensives. Pour comprendre ce qui se joue actuellement dans cette récupération, il faut commencer par distinguer l’émotion suscitée par ce drame, et le travail tacticien et organisé qu’ont mené les partis et les organisations politiques de l’autre. Les sentiments très forts que provoque un crime abject est une chose, la création de slogans en est une autre.