Ce qui choque
Daniel Cohen : « La mondialisation n’est pas le principal coupable »
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Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Auteur de « La Prospérité du vice » (Albin Michel), l’économiste Daniel Cohen, met en cause une « nouvelle économie de l’immatériel ».
La concurrence entre les salariés des pays riches et pauvres creuse-t-elle les inégalités ?
Contrairement à ce que l’on pense généralement, la mondialisation n’est pas le principal coupable. Mais ce point nécessite une explication. Si l’on en croit les théories du commerce international, la mondialisation devrait augmenter les inégalités dans les pays riches et les réduire dans les pays pauvres.
En effet, elle pousse un pays comme la France à accroître ses importations de produits à basse technologie et à accroître ses exportations haut de gamme. C’est l’idée « textile » contre « Airbus ». Ce faisant, les emplois peu qualifiés devraient voir leur rémunération baisser en France, tandis que le sort de l’ouvrier chinois devrait s’améliorer.
À l’inverse, les emplois très qualifiés devraient être mieux rémunérés en France, et moins
en Chine. Mais dans les faits cette idée reçue s’avère fausse. En effet, les inégalités ont explosé depuis trente ans, tout à la fois dans les pays du Nord et dans les pays du Sud. De plus, les destructions d’emplois liées aux délocalisations ne sont pas si massives qu’on le croit. Quand la Chine s’empare d’un secteur, comme les jouets ou les textiles, on le lui abandonne, et il n’y a pas vraiment de concurrence avec les ouvriers travaillant dans la même filière en France. Il faut donc sortir du cliché : non, les Chinois et les Indiens ne sont pas responsables du creusement
des écarts de salaires en Europe.