Thomas Cathcart, Daniel Klein. Comment rire d’une banane molle

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Thomas Cathcart, Daniel Klein. Comment rire d’une banane molle

© Plonk & Replonk pour PM

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Cet article est issu du numéro 34 de Philosophie magazine « 34 - novembre 2009 », en kiosque le 29 octobre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Une amitié d’un demi-siècle lie Thomas Cathcart et Daniel Klein. Leur dialogue ininterrompu a donné naissance au best-seller Platon et son ornithorynque entrent dans un bar (Seuil). Pour ces diplômés de Harvard aux parcours insolites, l’humour est une passerelle vers le raisonnement philosophique.

Écrire un ouvrage de philosophie sérieux, mais entièrement composé de blagues ? L’idée était de Ludwig Wittgenstein, mais ce penseur sombre et tourmenté ne l’a jamais mise en acte. Il aura en tout cas inspiré Thomas Cathcart et Daniel Klein, les auteurs de Platon et son ornithorynque entrent dans un bar. La philosophie expliquée par les blagues (Seuil), ouvrage qui a connu un franc succès en France l’année dernière. Les auteurs, tout deux diplômés de Harvard en philosophie, ont eu des parcours singuliers : Thomas Cathcart a été administrateur dans un hôpital puis dans un centre de soins palliatifs pour des patients atteints du sida, avant de devenir directeur de programmes pour une agence de santé mentale. Daniel Klein a, quant à lui, gagné sa vie comme scénariste pour la télévision et comme auteur de fictions (il a signé, entre autres, des thrillers médicaux, Embryo, Wavelengths, Beauty Sleep, ainsi que des romans policiers consacrés à Elvis Presley : Kill me Tender, Blue Suede Clues…). C’est donc en francs-tireurs que ces deux complices reviennent aujourd’hui à leur première passion, la philosophie – avec un ton fort éloigné du style académique.

 

Philosophie magazine : Comment vous est venue l’idée d’écrire Platon et son ornithorynque ?

Thomas Cathcart et Daniel Klein : Nous nous sommes connus en 1957, dès le premier jour de notre première année à Harvard, et nous sommes, depuis, restés amis. Nous avons tous deux étudié la philosophie et avons eu des professeurs exceptionnels – parmi lesquels Willard V. O. Quine, Paul Tillich et Robert Paul Wolff. Ceci dit, nous avons probablement appris plus de philosophie au cours de nos nuits passées au Tommy’s Arcade, durant lesquelles nous discutions à bâtons rompus. Nous sommes donc restés amis durant les cinquante-deux années qui ont suivi et nous n’avons jamais cessé de débattre. (Tom est plus religieux que Dan et il est également plus grand, ce qui irrite quelque peu Dan ; d’un autre côté Dan, plus que Tom, est un véritable aimant à femmes, ce qui agace Tom. )

« La philosophie et les blagues produisent ces moments où l'on se dit : "Ah! Ah!" et, tout d'un coup, on comprend »

Au cours de toutes ces années, nous n’avons pas arrêté de nous raconter des blagues. Un soir, Dan téléphone à Tom et lui dit : « Je viens d’entendre une bonne vieille blague. Un homme est au lit avec la femme de son meilleur ami. Soudain, ils entendent la voiture du mari qui arrive dans le garage. L’ami saute du lit et court se cacher dans le placard. Le mari entre dans la chambre et, ouvrant le placard pour y accrocher son veston, il y voit son meilleur ami Louis, complètement nu. L’homme s’écrie : “Louis ! Qu’est-ce que tu fais là ?” Et Louis de répondre : “Euh… ben, tout le monde doit bien être quelque part.” » Tom a réagi en disant : « Ah, ah ! Louis donne une réponse hégélienne à ce qui devait s’entendre comme une question existentielle. »

La conversation s’est alors poursuivie comme suit.

Dan : « Exactement ! Le mari veut savoir ce que son ami Louis fait dans cette situation existentielle particulière, c’est-à-dire nu et dans le placard. »

Tom : « Exact. Tandis que Louis, pour des raisons qu’on devine, préfère répondre du point de vue de Dieu, en se plaçant en quelque sorte hors du système, comme Hegel. »

Dan : « Attends un peu. On tient un livre avec ça ! » (Il faut dire que Dan est l’auteur de trente ouvrages.)

Tom : « Pardon ? » (Il faut dire que Tom n’est pas auteur de trente ouvrages.)

Dan : « Tout à fait ! Des blagues qui permettent de saisir des idées philosophiques. »

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