3. Pour trouver l’absolu

Daniel Mendelsohn : “La vie érotique est notre voie d’accès à la beauté” 

Temps de lecture : 7 min

Man-Erotism

(cc) Unsplash / Demetrius Washington

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Cet article est issu du numéro 121 de Philosophie magazine « Pourquoi avons-nous besoin d’être aimés ? », en kiosque le 05 juillet 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Et si, sous l’influence des sites de rencontre et d’une conception trop plate du désir, nous étions en train de perdre le sens profond de l’éros ? En relisant les Grecs, comme nous y invite l’écrivain Daniel Mendelsohn, il est possible de voir dans l’expérience érotique et amoureuse une quête d’absolu.

Alors qu’il était malade et mourant, en 1992, le philosophe conservateur américain Allan Bloom a écrit un dernier essai, magistral, L’Amour et l’Amitié (rééd. Les Belles Lettres, septembre 2018). Il s’agissait d’une ample méditation autour du Banquet de Platon. En effet, Bloom voulait repartir de l’Antiquité, de l’héritage grec, pour faire l’éloge de l’éros contre ce que nous appelons aujourd’hui la « pulsion ». Son opinion était que, en rabattant le désir sur un simple besoin physiologique, sur du pulsionnel, nous autres contemporains avons perdu ce qui en faisait tout le sel.

« Selon une opinion dominante aujourd’hui, les préférences sexuelles ne sont précisément que des préférences, et non point, comme pour Platon, des voies d’accès vers la nature des choses, des manières de commencer à la deviner. » Ces lignes sont issues des dernières pages de l’essai, où la critique de Bloom se condense et s’approfondit : « Nous n’éprouvons plus le besoin impérieux de chercher dans la littérature et l’histoire des “modèles” pour notre vie érotique. […] Tout cela tend à réduire les actes sexuels à leur seule expression physique, et donc à réprimer le besoin naturel de les célébrer par des mots, tout en décourageant la réflexion sur des questions essentielles. On peut penser que cette légèreté nous facilite la vie ; en fait elle nous dérobe plus de la moitié de notre plaisir. » 

Si la voix d’Allan Bloom s’est éteinte il y a longtemps, un autre auteur, le romancier et spécialiste de littérature antique américain Daniel Mendelsohn, est capable de déployer pour nous le sens ancien de l’éros et de nous expliquer comment nous pourrions en nourrir nos existences. Après avoir publié à l’automne dernier un roman éblouissant sur son père et sur Homère, Une Odyssée (lire Philosophie magazine n° 113, p. 88), Mendelsohn a accepté de nous faire partager ses vues sur les jeux contemporains de l’amour, tiraillés entre consumérisme et romantisme, et qui ne sont précieux peut-être qu’en ce qu’ils nous bouleversent jusqu’au plus profond de nous-mêmes.

 

À l’époque des sites de rencontres comme Grindr ou Tinder, pensez-vous qu’il y a un risque de se perdre dans le consumérisme sexuel ?

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