Reportage
Dans la manifestation pour Rafah, à Paris : “Quand je vois des enfants déchiquetés, je ne peux plus manger, je ne peux plus dormir”
Plus de 10 000 personnes se sont rassemblées à Paris le 27 mai, suite au bombardement d’une zone humanitaire à Rafah (bande de Gaza) par l’armée israélienne. © Jan Schmidt-Whitley/Le Pictorium/Maxppp
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10 000 personnes ont manifesté en France, ce lundi 27 mai, après la frappe israélienne qui a tué 45 civils dans un camp de réfugiés de la bande de Gaza. Un écho inédit en réaction à des images d’une violence rare, dont celle d’un bébé décapité. Mais ce qui nous dérange le plus dans ces visions d’horreurs, n’est-ce pas notre propre attentisme face à la situation ? Reportage à Paris, avec l’éclairage du philosophe Georges Didi-Huberman.
D’abord, la sidération. « En allumant la télé, j’ai eu envie de pleurer. Quand je vois des enfants déchiquetés, je ne peux plus manger, je ne peux plus dormir. Je ne sais pas quoi vous dire de plus », s’étrangle Sherine avant de disparaître dans la foule, un keffieh enroulé dans les cheveux. Ensuite, l’indignation. « On est une puissance mondiale, à notre échelle, envoyer de l’aide humanitaire et s’indigner sur Twitter n’est pas suffisant. Emmanuel Macron a les moyens de faire pression sur Israël, on a vu que des sanctions étaient applicables dans le cas de la Russie. Là, c’est pareil, sinon pire, alors pourquoi on ne fait rien ? C’est un choix politique », poursuivent en chœur Noah et Rachid, en tête de cortège. Enfin, la haine. « Vive la lutte armée du peuple palestinien » faisait partie des slogans largement entonnés dans la marche organisée par le collectif Urgence Palestine. Rapidement, plus personne ne semble remarquer que l’on est devant le Café de la Paix, sur la place de l’Opéra, et des tags « Israël nazi » apparaissent un peu partout sur les murs. Voilà la mécanique en trois temps d’une manifestation qui avait tout pour déborder. Mais le cortège qui devait se rendre devant l’ambassade d’Israël a finalement été dévié vers la place de la République.