Édito
Parce que ça empêche de dormir
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Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Du café. À la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », si je devais donner ma réponse en deux mots seulement, je répondrais : du café. Ni religion, ni réserve de sagesse, ni protocole thérapeutique, ni science exacte, la philosophie est cette discipline singulière qui relance la pensée en nous.
Car la pensée retombe toujours en deçà d’elle-même, elle s’endort. Personne ne sait se mettre à penser, ni vous ni moi, c’est presque une tâche surhumaine. Les forces coagulées de la société, du monde professionnel, de la famille, des loisirs, les routines innombrables, la fatigue, le vieillissement : tout conspire à nous empêcher de penser. Il y a bien ces grands problèmes – l’amour, la mort, le sens de l’existence –, qui nous turlupinent par moments et que nous essayons de saisir, mais, quand nous commençons à les examiner, ils se dérobent. Nous butons sur un mot, une abstraction, une difficulté de compréhension ; ou bien une sensation trop vive vient éteindre la faible flamme de notre méditation naissante ; un divertissement survient ; ou bien nous avons une tâche ou une course urgente à faire, et c’est fini. Le grand problème s’est éclipsé. Ce n’est pas grave, nous penserons mieux ce soir, avant de dormir. Ou demain. Un autre jour sans doute… Tout bien considéré, nous ne nous sentons jamais en condition pour affronter les grandes questions, quand bien même elles sont le fond de notre condition.