Choses vues

Dans l’immeuble parisien où Arendt a vécu, pensé et croisé l’intelligentsia de son temps

Temps de lecture : 5 min

10, rue Dombasle, Paris XVe © Alexandre Lacroix pour PM

La façade de l'immeuble du 10, rue Dombasle (Paris XVe), où ont vécu Hannah Arendt, Walter Benjamin et de nombreux autres réfugiés de l'Allemagne nazie. © Alexandre Lacroix pour PM

Cet article est réservé aux abonnés.

Avant de devenir une star de la philosophie exilée à New York, Hannah Arendt a passé quelques années à Paris, et notamment dans un immeuble situé dans le XVe arrondissement de la capitale. Elle y a vécu avec son compagnon Heinrich Blücher et échangé avec l’intelligentsia de l’époque. Reportage.


Nous sommes sur la rive gauche à Paris, mais pas du côté de Saint-Germain-des-Prés, ni de Montparnasse où les existentialistes avaient leurs habitudes. Ces photos sont prises dans un quartier un peu excentré, moins chic, aux abords du métro Convention dans le XVe arrondissement. Plus précisément, il s’agit du 10, rue Dombasle.

Une plaque récemment posée sur la façade donne ces informations un peu étranges à force de précisions superflues :

« Walter Benjamin
1892-1940
Philosophe et écrivain allemand
Traducteur de Proust et de Baudelaire
A vécu dans cet immeuble de 1938 à 1940 »

© Alexandre Lacroix pour PM

La plaque rappelant le séjour de Walter Benjamin au 10, rue Dombasle © Alexandre Lacroix pour PM

Mais cette plaque ne dit pas l’essentiel : elle ne raconte pas que cet immeuble Art nouveau en béton brut à la façade plutôt austère a été un haut lieu d’effervescence intellectuelle. Ni que sur la même période, il a abrité d’autres grands esprits, notamment Arthur Koestler et surtout Hannah Arendt.

 

Un refuge pour les parias

Pour comprendre ce qui s’est joué dans ces lieux, il convient de lire une foisonnante somme signée Marina Touilliez, Parias. Hannah Arendt et la « tribu » en France (1933-1941) parue aux éditions de L’Échappée. Remontons le temps en nous laissant guider par l’autrice de cette enquête. Au début des années 1930, l’immeuble du 10, rue Dombasle est encore flambant neuf et il en impose, avec ses sept étages. Il a un ascenseur – ce qui est un luxe pour l’époque. Mais ce dernier fait du raffut et les appartements sont mal insonorisés. Par ailleurs, la concierge n’est pas en cheville avec la police. Elle lit ouvertement L’Humanité et est en concubinage avec un antifasciste italien réfugié en France. Elle ne demande donc pas à vérifier si les locataires sont en règle. 

Cet article est réservé aux abonnés