Scandale des crèches

De la crèche à l’Ehpad : pourquoi la vulnérabilité est l’affaire de tous

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De la crèche à l’Ehpad : pourquoi la vulnérabilité est l’affaire de tous

© Bubanga/iStockphoto

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Dans ses livres Les Ogres et Les Fossoyeurs, le journaliste Victor Castanet a enquêté sur les maltraitances institutionnelles infligées aux enfants et aux vieillards. Ces drames posent une question éthique fondamentale : que faisons-nous de notre commune vulnérabilité ? Pistes de réponse avec Judith Butler. 


 

« Ce qui marque le plus ces femmes [qui travaillent dans les Ehpad], ce sont les personnes dont elles s’occupent, leurs regards éperdus, leurs mains affolées, la faiblesse qui les accable, et surtout la brutalité de ce monde dans lequel on les a plongées », écrivait le journaliste Vincent Castanet en 2022, à propos des personnes âgées victimes de maltraitance en Ehpad (Les Fossoyeurs, Fayard, 2022).

Deux ans après, l’enquêteur publie Les Ogres (Flammarion, 2024), une enquête sur les violences infligées aux enfants dans les crèches privées. Dans l’établissement People&Baby de Villeneuve-d’Ascq (59), près de Lille, par exemple, neuf enfants auraient subi « des coups, des griffures, des punitions dans le noir, des humiliations, des privations de nourriture », énumère le journaliste, qui fournit des dizaines d’autres cas de ce type.

Le scandale de la maltraitance ciblée

Sous la plume de Victor Castanet, les ogres et les fossoyeurs désignent donc les institutions maltraitantes, qui s’en prennent à deux catégories à l’extrémité de la vie : son début et sa fin. Ce grand âge et cette prime jeunesse ont un point commun : la grande vulnérabilité. C’est la raison pour laquelle les deux enquêtes ont secoué l’opinion publique. Il y a quelque chose de profondément inhumain, de particulièrement indigne et révoltant, dans le fait de maltraiter ceux qui ne peuvent pas se défendre, manifester, se rebeller et faire porter leur voix contre le sort qui leur est infligé. C’est ce que formule très bien la philosophe Corine Pelluchon dans son livre La Vulnérabilité en fin de vie (lire ici sa communication sur le sujet, en 2012) : « La fragilité de l’autre souligne mon devoir de ne pas l’abandonner, la responsabilité étant ici, au-delà de l’obligation professionnelle ou familiale, ce qui s’impose à moi comme à celui qui atteste de la dignité de l’autre. »

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