Histoire des idées
De Platon à Aron, trois philosophies de la guerre
Illustration d’une scène de combat inspirée de la guerre de Troie : Hector contre Ajax, ou Ménélas contre Pâris. © Selva/Leemage
Cet article est réservé aux abonnés.
La guerre n’est pas un concept philosophique évident : la paix semble un objet intellectuel plus immédiat et légitime. Pourtant, plusieurs penseurs ont tenté de trouver des principes à ce qui paraît, de prime abord, ne pas en avoir. La guerre est-elle un horizon indépassable des sociétés humaines ? Si oui, peut-on introduire de la justice dans un conflit guerrier ? Tandis que la guerre a éclaté sur le sol européen, en Ukraine, voici les analyses de Platon, Clausewitz et Aron.
L’une des premières réflexions sur la guerre dans l’histoire de la philosophie nous est fournie par Platon. Dans Les Lois, celui-ci fait dialoguer un Crétois et un Athénien : pour le premier, la guerre a comme un fondement naturel. Du fait même qu’il y a plusieurs cités, son horizon est présent à chaque instant : « De par la nature, chaque cité ne cesse d’être engagée contre toutes les autres dans une guerre sans déclaration », explique ainsi Clinias le Crétois. Il est en quelque sorte logique que, puisqu’il n’y a pas qu’un seul État, chacun soit dans une guerre larvée avec les autres. Et il est bon qu’il en soit ainsi, développe-t-il, dans la mesure où cet horizon permet d’entretenir le courage guerrier, donc de faire reposer les cités sur une vertu.
L’Athénien oppose à Clinias que la vertu ne se réduit pas au courage et que celui-ci, notamment quand il est guerrier, ne saurait être une fin en soi mais bien plutôt un moyen au service d’une autre… la paix. « Le plus grand bien, explique-t-il, ce n’est ni la guerre ni la révolution, et il faut repousser de nos vœux l’obligation d’y recourir ; c’est à la fois la paix et la bienveillance mutuelles. » Pour sa part, Vladimir Poutine, qui a exalté ses troupes en déclarant être « sûr que les soldats et officiers de la Russie rempliront leur devoir avec courage » et est demeuré sourd aux nombreuses injonctions qui lui ont été faites de choisir la paix, semble pencher pour une conception plus crétoise qu’athénienne de la guerre.