De quelle couleur est la Maison-Blanche ?
© Charles Berberian
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans le jardin de la Maison-Blanche, il y a un ver de terre. Il n’a pas d’yeux et ne voit rien, pourtant son corps rose et soyeux est parcouru par une chaîne nerveuse qui lui permet de ressentir les vibrations du sol, mais aussi la lumière et l’humidité. Pour ce ver, l’automne qui s’annonce sera marqué par un événement de première importance : lors d’une nuit fraîche et mouillée, il devra trouver un partenaire et se coller tête-bêche contre lui. Ils échangeront leur sperme et déposeront chacun, un peu plus tard, cinq à dix cocons dans le sol, leur précieuse descendance.
Dans le Bureau ovale, par la fenêtre ouverte, lors d’un après-midi de septembre encore tiède, une mouche est entrée. Elle y voyait bien mieux que le président américain, puisqu’elle avait une vision à cent quatre-vingts degrés, là où l’homme le plus puissant du monde n’a une ouverture d’angle de vue nette que de cinq degrés. Capable de capter plus de deux cents images par seconde, la mouche décompose les mouvements – la gesticulation d’un porte-parole particulièrement agité, par exemple – bien mieux que le président lui-même. En revanche, elle est très inférieure à ce dernier en terme de longévité : au mieux, elle vivra deux mois et ne passera pas le prochain coup de froid !