Focus
Deleuze, le voyageur immobile
Gilles Deleuze. ©Helene Bamberger /Opale.photo
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Cet article est issu du Hors-série n°63 de Philosophie magazine « Gilles Deleuze. L’homme aux mille concepts », en kiosque le 04 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si Deleuze déteste les voyages, il se réclame pourtant d’auteurs qui les ont largement expérimentés. Vantant la pensée comme le meilleur des transports, le philosophe sédentaire assumé s’est peut-être privé d’autres « devenirs » : ceux qui sont de chair et d’os.
Quitter ses pénates, voir du pays ? Sillonner le monde ? Très peu pour lui. Dans L’Abécédaire, Deleuze lâche cet aveu : « Je n’ai aucune sympathie pour les voyages. » Il évoque d’abord les déplacements des intellectuels, ces colloques universitaires qu’il abhorre : en ces occasions mondaines, il faut « parler, parler, parler » ; cela a l’air épuisant. Quant aux séjours d’agrément, ils ne trouvent pas plus grâce aux yeux du philosophe qui cite de mémoire, en l’égratignant un peu, une saillie de Beckett. Voici l’extrait précis, tiré du roman sorti en 1970 Mercier et Camier : « Nous ne voyageons pas pour le plaisir de voyager que je sache, dit Camier. Nous sommes cons, mais pas à ce point-là. » Se disant « con » comme Camier, Deleuze valide, ce qui en dit long sur sa vision du tourisme – certainement une vision d’enfer. De fait, ses voyages à l’étranger ont été très rares. Il est notamment allé aux États-Unis en 1975 où, après avoir participé à un symposium à New York, il a traversé le pays en compagnie de Félix Guattari ; au programme sur la côte ouest, un concert de Patti Smith et une visite de la maison de l’écrivain Henry Miller à Big Sur. Mais ce périple américain est demeuré exceptionnel. La règle, c’est celle d’un Deleuze résolument sédentaire.