Dossier / “Peut-on devenir meilleur ? Et si oui, comment ?”
Délivrez-les du mâle
© Yousef Espanioly/Unsplash
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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Notre reporter s’est rendu dans un groupe de parole exclusivement masculin où les participants désirent améliorer leur rapport à eux-mêmes et aux femmes… et où la promotion de la virilité fait place au « souci de soi » et à l’introspection !
« Sans les femmes, nous ne serions pas là », lâche Thomas, un des deux animateurs de la soirée. « Là », c’est-à-dire fichés dans des sofas bariolés à discuter « entre couilles », au cours de l’un des groupes de parole en non-mixité parmi ceux lancés en 2019 par l’association Loba. À l’origine du projet, l’idée d’imiter les groupes de femmes analogues, donnant l’occasion aux hommes d’évoquer sans honte leur rapport à la masculinité. Réunis dans les locaux de la Maison de la Conversation, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, ces hommes venus volontairement patientent entre des bouteilles de thé glacé et des gressins : ce n’est ni « un échange ni un débat pour faire une thèse, c’est un endroit pour donner la parole et donner envie de parler », précise Thomas. Première tare dont souffrent les hommes : l’enrouement de la parole, l’enclavement des émotions, le bannissement de la sensibilité. Premier objectif de ce groupe de parole : décoincer l’expression, assouplir les cordes raides et rauques d’une masculinité qui ne se laisse dire à l’ordinaire.
Les petits soldats briseurs d’omerta ne sont pas légion. Une dizaine, âgés de 20 à 35 ans, et pas tous là pour les mêmes mobiles. Flottant dans des vêtements amples, Terry triture sa boucle d’oreille tout en confessant être présent afin de « parvenir à mettre des mots sur la masculinité – ce que je parviens à faire avec mes amies filles mais qui est beaucoup plus difficile avec des mecs ». Pour d’autres, ce sont plutôt les femmes qui semblent être la cause de leur venue. Bague en or au doigt, Kylian déroule : « Actuellement, on a l’impression que l’homme est attaqué ; si une femme drague aujourd’hui, elle va se sentir au contraire plus forte », avant de se laisser aller à une sorte de pleur avorté en rire gaillard. Le pavé est lancé et, autour de la mare en béton ciré de la salle, le silence se fait. Alors, Terry tempère, avançant que, selon lui, « les hommes sont un peu victimaires », tout en reconnaissant qu’eux aussi sont victimes de cette masculinité.