La question qui fâche

Dilemme éthique : les “zones sans enfants” sont-elles acceptables ?

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Dilemme éthique : les “zones sans enfants” sont-elles acceptables ?

© Octav Cado/Unsplash

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Restaurants, hôtels, avions… De plus en plus d’entreprises proposent à leurs clients des « espaces sans enfants ». Faut-il y voir de salutaires initiatives garantissant un droit à la tranquillité ou des manœuvres éthiquement critiquables ?


 

« Réservé aux adultes. » On pourrait s’attendre à ce que la formule ne s’applique qu’à des boîtes de nuit, des clubs échangistes ou des sites classés X. Que nenni, ce label est désormais revendiqué par des hôtels, des restaurants ou des compagnies aériennes, saisissant au vol une demande de plus en plus pressante de personnes recherchant des espaces épargnés de la présence d’enfants, jugée bruyante et incommodante.

Qu’il s’agisse de clients sans enfants ou de parents craignant de subir le regard réprobateur de leurs voisins lorsque leur progéniture s’agite, la demande émane en tout cas semble-t-il majoritairement de jeunes adultes (61% des 18-24 ans et 69% des 25-34 ans, d’après un sondage réalisé par le magazine Newsweek). Une majorité de personnes y voit une initiative souhaitable (59%, contre 27% qui y sont opposés et 14% qui ne se prononcent pas).

Discrimination caractérisée

Être en quête de silence est chose compréhensible. Se retrouver bloqué plusieurs heures dans une bulle qui vous transporte en compagnie d’un ou de plusieurs bébés en pleurs, ou de jeunes enfants qui ne tiennent pas en place, est une épreuve objectivement difficile à endurer. Est-il pour autant acceptable, comme l’a récemment fait la compagnie aérienne turco-néérlandaise Corendon, d’interdire aux enfants l’accès à certaines zones de l’avion ?

La question se pose à la fois sous un angle moral et juridique. On peut se demander si l’on n’a pas là une discrimination caractérisée – et plus encore du côté de ces hôtels ou restaurants qui ne se contentent pas d’établir des zones différenciées mais refusent purement et simplement l’accès de leurs établissements aux enfants. Il y a bien là un traitement différencié d’un individu en raison d’un caractère spécifique – en l’occurrence, l’âge. En Corée, il existe déjà des cafés à « zone sans enfants et sans animaux ». Imagine-t-on lire, comme dans un passé heureusement révolu, « zone sans handicapés », « sans Juifs », « sans Noirs », « sans femmes », « sans vieillards » ? Non, bien entendu.

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