La notion
Dilution de la guerre
Un homme passe devant une ancienne installation militaire dans la banlieue de Donetsk dans l'est de l'Ukraine, le 18 janvier 2022. ©Alexander Nemenov/AFP
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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Des migrants à la frontière biélorusse à l’État islamique, en passant par l’actuelle menace d’une intervention militaire russe en Ukraine, où commence la guerre ? Difficile à dire, car nous vivons une « dilution de la guerre » qui brouille les lignes de partage, explique le philosophe Jean-Baptiste Jeangène Vilmer dans son article « “La violence clandestine et dispersée” : penser la dilution de la guerre », paru dans la revue Cités (n° 88). « Il n’y a plus depuis la Seconde Guerre mondiale de “guerre majeure”, au sens d’un affrontement armé direct et à grande échelle entre deux grandes puissances », mais la guerre n’a pas disparu, loin de là, elle s’est seulement disséminée. Cette dilution « est visible dans au moins trois dimensions ». Première d’entre elles, « l’adversaire ne porte plus d’uniforme, de signe distinctif, et ne porte plus ses armes ouvertement ». Pour la deuxième, « l’espace de la conflictualité s’étend : ce n’est déjà plus terre, air, mer, mais aussi cyber et espace ». Enfin, troisième dimension, « le temps de la guerre aussi perd de sa singularité, avec un début qui n’est pas clair, puisqu’on ne déclare plus la guerre ». Cette métamorphose a de quoi inquiéter : « La conséquence directe de cette extension de la zone grise (entre la guerre et la paix) est l’essor des menaces dites hybrides », plus difficiles à identifier.