Cinéma

“Disclosure Day” : les citoyens ont-ils un droit à la vérité ?

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“Disclosure Day” : les citoyens ont-ils un droit à la vérité ?

Emily Blunt dans “Disclosure Day”, de Steven Spielberg. © Universal Studios. Tous droits réservés

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Le nouveau film de Steven Spielberg, en salles depuis mercredi 10 juin, suit le combat d’un lanceur d’alerte qui tente de faire éclater la vérité sur l’existence des extraterrestres. Une réflexion ambiguë mais passionnante sur les rapports entre religion, vérité et politique. 


 

Attention, cet article révèle des éléments clés de l’intrigue.

 

« La vérité appartient à tout le monde. » Daniel Kellner (Josh O’Connor) a en sa possession des dizaines de cartes mémoire attestant de l’un des plus gros mensonges d’État de l’histoire : les extraterrestres ont bien atterri à Roswell, en 1947, et le gouvernement américain n’a cessé de cacher leur existence au grand public, déléguant à la maléfique entreprise Wardex le soin d’organiser la duperie mondiale.

Plus encore : ces extraterrestres sont dotés de pouvoirs surhumains (télépathie, omniscience, polyglottisme...), qui les assimilent à des divinités, ou à des envoyés de Dieu. Telle est la « révélation » promise par Disclosure Day, nouveau film de Steven Spielberg : non seulement les petits hommes verts existent, mais ils sont certainement l’incarnation de Dieu sur Terre.

Obsolescence de la raison d’État

Le scénario du nouveau film de Spielberg, écrit par David Koepp (déjà plume de La Guerre des mondes, en 2005), est construit comme une course-poursuite à la Hitchcock où le lanceur d’alerte, ancien employé de Wardex, tente d’échapper aux hommes lancés à ses trousses par Noah Scanlon (Colin Firth). Son parcours haletant le conduit comme par magie vers une présentatrice météo d’une petite chaîne télévisée du Missouri, Margareth Fairchild (Emily Blunt), qui s’était étrangement mise à parler russe un jour au petit-déjeuner après avoir aperçu un cardinal rouge, adorable petit oiseau dont on comprendra qu’il œuvrait comme messager des aliens.

En surface, on a affaire à un problème classique. Un lanceur d’alerte estime que la vérité est un bien public, due à tous les citoyens au même titre que la sécurité ou les libertés essentielles, et que rien ne saurait justifier un mensonge d’État. Tenant d’un certain idéal démocratique, fondé sur la publicité des débats et la reddition de comptes, Daniel Kellner s’oppose à une tradition philosophique initiée dès Platon, qui se poursuivra à la Modernité avec Machiavel et Carl Schmitt, selon laquelle le mensonge des gouvernants peut se justifier dans certains cas. Pour Platon en effet, le mensonge est autorisé au sein de la classe des dirigeants politiques dans les cas où il protège les institutions et la stabilité de la communauté.

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