Entretien
“Du Purcell, avec un twist”
Patrick Ayrton © Collection particulière
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Est-il possible de composer aujourd’hui à la manière des maîtres baroques, et d’amener une tonalité nouvelle, une voix originale ? C’est le défi que vient de relever Patrick Ayrton avec son étonnant Astrophil & Stella (Voces8 Records, 2025), un projet un peu fou, à l’écart des modes, mais joyeux et enivrant.
Quelle est la genèse de ce projet de disque singulier et à contre-courant, Astrophil & Stella ?
Patrick Ayrton : Depuis toujours, ma pratique de la musique classique ou baroque est très liée à l’improvisation, que ce soit à l’orgue, au clavecin ou au piano. Mais l’improvisation, ce n’est pas la liberté de n’en faire qu’à sa tête. En musique, il s’agit d’une discipline exigeante qui mobilise les règles de la composition. Et il a fallu que j’attende d’avoir presque soixante ans pour que je me dise, un beau jour, au moment du confinement : « Et si je couchais sur le papier toutes ces choses que j’ai sorties de moi, au fil du temps, dans mes improvisations ? Si j’essayais de les cristalliser de manière définitive ? » Alors je me suis lancé, et me suis mis à composer dans un style qui me passionne, celui de la polyphonie. L’art du contrepoint, une technique qui consiste à entrelacer plusieurs lignes mélodiques, a émergé à la fin du Moyen Âge. Un certain nombre de règles de composition ont été posées par les musiciens de la Renaissance et ont été utilisées par les grands maîtres du baroque. Si je simplifie un peu, c’est avec Wolfgang Amadeus Mozart que le contrepoint, qui avait été porté à des sommets de raffinement par Jean-Sébastien Bach, va être abandonné. À partir de Mozart, c’est la ligne mélodique simple qui l’emporte, on sort des combinaisons très savantes…