Entretien

Économie, l'arme silencieuse. Entretien avec Ali Laïdi

Temps de lecture : 7 min

Économie, l'arme silencieuse. Entretien avec Ali Laïdi

 Ali Laidi. © John Foley / Opale.photo

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du Hors-série n°64 de Philosophie magazine « L'art de la guerre », en kiosque le 13 mars 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Moins sanglante que les champs de bataille, la guerre économique n’en est pas moins une stratégie de conquête violente, qui ne date pas d’hier. Décryptage avec Ali Laïdi, cofondateur de l’École de pensée sur la guerre économique.

 

Que veut-on dire lorsque nous parlons de « guerre économique » ?

Ali Laïdi — Il s’agit d’un concept précis désignant la volonté d’une puissance de dominer le monde par l’économie. En uniformisant le monde à son image, celle-ci peut le contrôler à travers des normes, des produits ou encore des services. À partir du moment où vos adversaires sont sujets et dépendants de vos technologies et de vos services, vous avez gagné la maîtrise du monde. Le stratège Clausewitz nous dit que la guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Foucault, dans son cours au Collège de France de 1979, se demande si, à l’inverse, la politique n’est pas la continuation de la guerre par d’autres moyens. Il y explique comment la paix, fabriquée par les vainqueurs, maintient une conflictualité sous-jacente. Si la guerre, c’est la continuité de la politique par d’autres moyens, alors la paix, c’est la continuité de la guerre par d’autres moyens. La guerre économique est une manifestation de cette « guerre silencieuse » que l’on retrouve au cœur de la paix. Les détracteurs de ce concept lui dénient cet attribut de guerre et préfèrent parler d’hyper-compétition économique. Introduire le mot « guerre », c’est comprendre que la politique n’a pas le monopole de la violence, qu’elle s’exerce également dans le champ économique. Le sociologue Gaston Bouthoul nous explique d’ailleurs que les guerres peuvent être parfaitement économiques : sans les combats et les victimes. Cette violence doit être étudiée, que cela soit d’un point de vue philosophique, juridique ou technique.

Quelle différence convient-il de tracer entre guerre économique et guerre commerciale ?

A. L. — La guerre commerciale n’est qu’une manifestation de la guerre économique. Elle consiste plus modestement à empêcher des produits étrangers de venir encombrer un marché. Elle est essentiellement menée à travers l’imposition de droits de douane. Avec Trump, les États-Unis n’en sont pas à leur coup d’essai. En 1930, la loi Hawley-Smoot avait augmenté de manière phénoménale les tarifs douaniers américains, aboutissant à une crise mondiale. Par ailleurs, établir des normes sanitaires, environnementales, fait également partie d’une guerre commerciale.

Cet article est réservé aux abonnés