Emerson. L’œuvre
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Cet article est issu du numéro 93 de Philosophie magazine « Être ou avoir ? », en kiosque le 24 septembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La confiance en soi » est le texte le plus célèbre et le plus commenté d’Emerson. Il a été publié en 1841 dans la première série des Essais, recueil dont le titre s’entend comme un hommage à Montaigne : « il me semblait avoir écrit le livre moi-même, tant il parlait avec sincérité à ma pensée et à mon expérience », confiera à son propos le penseur américain. Car des Essais de Montaigne, il ne retient pas seulement la liberté de la forme et du ton, mais aussi l’idée que le soi n’a pas d’essence fixe, qu’il est sans cesse en mouvement. En effet, la confiance en soi à laquelle nous invite Emerson ne consiste aucunement en la conquête d’un soi déjà déterminé. C’est, au contraire, une invention de soi qui passe par l’affirmation de sa singularité, mais qui ne s’y arrête pas. Cette affirmation de soi se comprend comme un dépassement perpétuel vers le meilleur : ce n’est pas un rétrécissement, au terme duquel le moi serait cerné comme le point focal d’une perspective, mais l’élargissement d’un cercle, dont Emerson décrit le mouvement dans un autre essai de cette série, intitulé « Cercles ». « La vie d’un homme est un cercle qui se nourrit de lui-même, qui part d’un minuscule anneau et éclate perpétuellement en cercles nouveaux et toujours plus grands », écrit-il. Le mouvement de la confiance en soi ne s’accomplit donc qu’en se défaisant d’un soi appelé à être transcendé dans une communion avec l’universel. Cet universel, le philosophe l’appelle « l’âme suprême » (over-soul), dans d’autres pages du recueil de 1841. Une autre manière de nommer Dieu ? Certes, mais qui parle à tous. La preuve : « Jamais livre ne m’a donné à ce point le sentiment d’être chez moi, dans ma propre demeure », écrira Nietzsche, l’auteur de l’Antéchrist, après avoir lu cette première série des Essais.