Géopolitique / Turquie

Erdoğan-Poutine : une idylle eurasienne

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Erdogan-Poutine

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine en août 2019 (cc) Kremlin

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Cet article est issu du numéro 132 de Philosophie magazine « Que faire de nos émotions ? », en kiosque le 22 août 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La Turquie, en se détournant de son allié américain, redécouvre une vieille théorie la reliant à la Russie : l’eurasisme, qui promeut un continent slavo-turc adversaire de l’Occident. Quête d’identité ou idéologie sulfureuse ? 

De qui la Turquie est-elle vraiment l’alliée ? En principe, elle est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), dont elle est la deuxième armée en terme d’effectifs. Le doute est pourtant de mise après l’installation cet été sur son sol de missiles antiaériens S-400, achetées à la Russie pour 2,2 milliards d’euros. Ces missiles de pointe, dont l’installation inclut la présence d’ingénieurs russes, font craindre aux États-Unis la fragilisation de leur propre réseau de défense anatolien. Pour les responsables américains, c’est intolérable. Signé depuis 2017, l’accord avec la Russie inquiète grandement les États-Unis qui ont multiplié les menaces et les ultimatums. Cela risque d’avoir « de graves conséquences », a averti le porte-parole du Pentagone en mars 2019… Avertissement que le gouvernement turc a superbement ignoré. Les sources de mésentente entre Washington et Ankara sont désormais nombreuses : soutien des Américains aux Kurdes de Syrie – ennemis mortels de la Turquie –, refus américain d’extrader le prédicateur Fethullah Gülen, accusé par les Turcs d’avoir fomenté la tentative de coup d’État de 2016, etc. Pour le dire simplement, depuis trois ans et chaque été, la crise éclate entre ces partenaires qui ne se supportent plus. Ce qui est moins connu, c’est qu’à côté de cette Alliance atlantique qui s’effrite, la Turquie et la Russie ont avancé des pions dans une direction commune : l’Eurasie. D’abord grâce à leur coopération lors du conflit syrien, puis du fait de la menace turque de rejoindre l’Organisation de Shanghai, groupe de coopération militaire eurasiatique menée par la Russie et la Chine. Alors, comment saisir ce nouvel axe eurasiatique qui se dessine en pointillé ? 

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