Et si… on instaurait la paix perpétuelle ?
© Frédéric Poletti pour PM
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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour l’optimiste Michel Serres, ce rêve pacifiste cher à Kant ne se réalisera ni par l’action des États ni par l’instauration de règles de droit international, mais lorsque les hommes prendront conscience de la nécessité de s’unir pour sauver la planète.
Je propose une utopie concrète. Mais je ne peux pas dire, à cause du caractère imprévisible du temps, ni quand ni comment elle se réalisera. Imaginons un monde où les hommes ont cessé de se faire la guerre. Deux éléments bien réels ont préparé cette incroyable révolution. Nous avons eu un choc, dans les années soixante, en contemplant les photos de la Terre prise de l’espace : pour la première fois de notre histoire, nous avons vu le monde sans horizon, la planète telle qu’elle est dans le cosmos. Cela a donné un poids concret à la formule de Pascal : « Nous sommes embarqués. » Les hommes ont soudain compris qu’ils étaient tous des matelots d’un même navire. En outre, ils ont commencé à se rendre compte des blessures qu’ils infligeaient au monde sous couvert d’exploitation des ressources. Durant des millénaires, ils avaient mis en danger l’air, l’eau, la terre, le feu, la vie même, et fait disparaître les espèces de plus en plus vite. Ils ont fini par saisir le vrai sens de la « guerre mondiale », qui désigne non pas les conflits internationaux de 1914-1918 et de 1939-1945, mais cette guerre beaucoup plus ancienne que les hommes mènent contre le monde lui-même – une guerre de destruction qui a une fin, celle de toute vie sur Terre.