Et s’il en fallait très peu ?

Temps de lecture : 6 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le goût de la vie s’éprouve-t-il quand tout va bien, dans la tranquillité ou, au contraire, dans la poursuite des plaisirs ? La question, qui agitait les penseurs de l’Antiquité grecque, pourrait peut-être trouver une réponse inattendue.

« Jamais, ni en état de veille ni en songe, tu ne seras sérieusement troublé. »

C’est avec ces mots qu’Épicure achève sa Lettre à Ménécée, censée enseigner à un disciple les secrets de la vie bienheureuse et qui constitue, jusqu’à nos jours, l’un des textes les plus lus, les plus respectés parmi ceux qui ont vocation à nous guider dans l’existence. « Tu ne seras pas sérieusement troublé » : être heureux, pour Épicure, revient donc à n’éprouver aucun mal, ni du corps ni de l’esprit. Un tel idéal du bonheur, défini comme absence de douleurs, est très proche de la tranquillité, et, du reste, les Grecs avaient un mot pour désigner cet état qui leur paraissait si enviable (avant l’invention des analgésiques et des antidépresseurs) : l’ataraxie.

Posons-nous la question : suffit-il de ne pas souffrir pour goûter pleinement la vie ? Il est relativement rare que nous n’ayons réellement aucun trouble, aucune agitation en nous : cela implique que nous ayons bien dormi, que nous n’ayons aucun creux à l’estomac, mais pas non plus d’indigestion, que nous ayons l’esprit clair comme un lac de montagne, que nous ne ressentions pas de frustration sexuelle ni de tensions dans nos relations récentes avec nos proches, que nos contraintes extérieures – notre activité professionnelle, nos corvées domestiques – n’entament pas notre humeur, et, enfin, que le cours des événements du monde, de la pandémie au réchauffement climatique, ne nous pèse pas et qu’ils se déroulent pour nous, selon leur nécessité indépendante, pour ainsi dire de l’autre côté de la haie de notre jardin. Par conséquent, l’aspiration à l’ataraxie n’est pas si modeste qu’il y paraît tout d’abord. Mais est-elle suffisante ? Est-ce là le vrai, l’authentique goût de la vie – ou bien cette paix est-elle insipide ?

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Finalité Plaisir