Eugène Durif: “C'était tout à coup une ouverture extraordinaire et singulière”
Eugène Durif © Karell Prugnaud
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L'écrivain Eugène Durif rend hommage à son professeur et maître Henri Maldiney, disparu vendredi 6 décembre 2013, à l'âge de 101 ans.
« Quand j’ai commencé à suivre les cours d’Henri Maldiney à Lyon dans les années 1970, j’étais à la fois fasciné et un peu méfiant. Dans ces temps d’après-68, il y avait une grande défiance pour tout ce que représentait la parole de quelqu’un que l’on pouvait considérer comme un maître. Puis j’ai été emporté, malgré ces réticences, malgré mon marxisme (un rien dogmatique quoique mâtiné d’approches de Deleuze, Lacan, Foucault) par cette parole qui me semblait renvoyer dans sa démarche même à l’évidence de l’œuvre d’art. Ce que je tentais maladroitement dans l’écriture, dans mes brouillonneuses tentatives poétiques, je le retrouvais là, à l’œuvre, dans ce cheminement de la pensée, loin de tout commentaire, la notion de chemin devenant l’essentiel. (Je crois que cela ne m’a pas quitté…) Je me souviens ainsi de sa référence répétée aux Holzwege de Heidegger, ces chemins de forêt qui ne mènent nulle part …
Dans cette faculté de philosophie présidée alors par un hégélien strict, et à une époque où la phénoménologie n’avait pour le moins pas trop bonne presse, c’était tout à coup une ouverture extraordinaire et singulière : les références linguistiques ou psychanalytiques, par exemple, n’étaient pas celles que l’on serinait à l’époque. C’est ainsi que je découvris Binswanger et la Daseinsanalyse dont la traduction avait été effectuée en partie par Maldiney. Ce qu’il nous faisait approcher de la psychose, au plus près, sur le terrain, à l’hôpital psychiatrique de Vinatier, à Bron (Rhône-Alpes), me semblait totalement éclairant et je comprends aujourd’hui l’importance que cela a pu représenter pour le psychiatre Jean Oury (je me souviens aussi de la lecture que j’entrepris, sur ses conseils, de L'Homme et sa Psychose de Gisela Pankow ou de l’admirable Lettre de lord Chandos de Hugo von Hofmannsthal)