L’image
Face à Donald Trump
Image diffusée par le bureau du shérif du comté de Fulton le 24 août 2023, montre la photo d'arrestation de l'ancien président américain Donald Trump. © AFP
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Cet article est issu du numéro 173 de Philosophie magazine « Peut-on être en accord avec soi-même ? », en kiosque le 21 septembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est l’une des images les plus marquantes de cette rentrée. Le 24 août, l’ancien président américain Donald Trump est brièvement incarcéré dans l’État de Géorgie, où il est inculpé pour avoir tenté de renverser l’élection de 2020. Les policiers, comme le veut la procédure, prennent alors une « photo d’identité judiciaire » (mugshot). Sourcils froncés, regard sombre, mâchoire serrée, le magnat de l’immobilier y arbore des traits rigides, entre défiance et intimidation. Le cliché fait rapidement le tour d’Internet. Trump lui-même le partage sur son compte X (ex-Twitter). Son air fermé serait moins dû à la surprise qu’à une stratégie d’acteur pour avoir l’air fort, alors qu’il est au plus bas. Mais ce masque le trahit en exprimant l’inverse, si l’on en croit le philosophe Emmanuel Levinas. Selon lui, le visage est notre peau « la plus nue ». « Exposé, menacé », il exprime notre « fragilité » et notre « détresse ». Or c’est parce que nous savons que notre visage peut toujours, et particulièrement lorsque nous sommes désemparés, révéler notre vulnérabilité que nous nous efforçons de figer son expressivité involontaire dans des traits caricaturaux. « On essaie de masquer cette pauvreté en se donnant des poses, une contenance », souligne Levinas. La face devient alors le symbole exhibé d’une force qui a réussi à surmonter sa propre faiblesse. Trump le croit, du moins. Mais qui est vraiment dupe ?