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“Fou de Paris” d’Eugène Savitzkaya, un récit vraiment décalé pour s’ouvrir à une autre perception de la capitale

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“Fou de Paris” d’Eugène Savitzkaya, un récit vraiment décalé pour s’ouvrir à une autre perception de la capitale

© Les Éditions de Minuit – © iStockphoto

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Le dernier texte de l’écrivain belge Eugène Savitzkaya, Fou de Paris (Minuit, 2023), pourrait rebuter le lecteur non prévenu par son caractère aride et pointu. Et pourtant, dès lors que l’on dispose de clés qui permettent de comprendre la démarche du poète, une toute nouvelle ville se révèle à nous, merveilleuse, hallucinée. C’est la leçon de lecture… et de géographie que nous propose Alexandre Lacroix. Suivez le guide !


 

Quand on ouvre Fou de Paris, le dernier météore signé par Eugène Savitzkaya, on est pris au dépourvu. On n’a plus l’habitude. La première chose qui paraît extravagante dans cette affaire, c’est qu’à notre époque où les tableaux Excel sont entrés même chez les éditeurs les plus littéraires, où l’on a soin d’anticiper en trésorerie le « compte d’exploitation » de chaque titre qu’on publie, des livres comme celui-ci puissent encore voir le jour ! Non seulement Fou de Paris ne coche aucune des cases qui pourraient laisser espérer un succès commercial, mais c’est de la littérature très exigeante. Raide. Difficile. Cela ressemble, disons, aux Chants de Maldoror, ou à certains textes surréalistes. Mais d’un surréalisme qui entretiendrait un rapport profond avec le corps. Oui, c’est un récit d’avant-garde à la fois très pointu et très incarné, comme peu sortent encore en librairie en 2023. Comme vous risquez d’être décontenancé si vous tentez cette lecture, je vais essayer de donner rapidement quelques clés du texte.

À la première page, qui n’est pas la plus réussie, Eugène Savitzkaya pose le cadre. Il écrit : « Sur le canal qu’approvisionne l’Ourcq, le capitaine me prend à bord avec son domestique. Mon domestique se dit mon domestique. […] Il se dit mon domestique et aussi mon secrétaire. Il se prétend mon frère mais ne peut dire le nom de sa mère. Serait-il poète ? » Ce personnage ne sera plus jamais évoqué. En fait, ce que veut poser d’entrée de jeu Savitzkaya, c’est le dédoublement entre l’auteur et le narrateur, ou encore entre celui qui parle (le poète, l’inspiré) et son domestique ou secrétaire (l’homme Savitzkaya lui-même, qui a un compte en banque et fait des achats au supermarché). C’est un peu intello comme entrée en matière, cela rappelle les manuels de poétique – cependant, ce dédoublement va en permettre toute une série d’autres : au long de ces pages, nous allons assister à la description, au déploiement non pas du Paris réel (et domestique ou servile à sa manière), mais d’un Paris halluciné, d’un Paris fantasmé.

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“Fou de Paris”, un texte aussi déroutant qu’innovant… et enchanteur