Tout un roman
“Anéantir”, de Michel Houellebecq : best-seller 2.0 ?
©Editions Flammarion
Cet article est réservé aux abonnés.
La lecture d’“Anéantir”, le huitième roman de l’écrivain star, pose une question capitale : de quelle littérature avons-nous besoin pour affronter la fin du monde ?
L’immense succès de Sérotonine, paru début 2019, avait placé les éditeurs devant une situation embarrassante. Avec près de 800 000 exemplaires écoulés, le roman de Michel Houellebecq avait rapporté environ 17,5 millions d’euros de chiffre d’affaires pour le seul Hexagone. Une aubaine, mais l’auteur était lent et cyclothymique, il lui avait fallu près de quatre années pour achever ce livre, et le précédent, Soumission, l’avait occupé cinq ans. Comme il donnait tous les signes extérieurs d’un délabrement physique avancé et qu’il avait déjà 62 ans à l’époque, il ne serait probablement capable de produire encore qu’un ou deux romans du même calibre. Sa carrière s’achèverait sans doute par des poésies sombres pouvant prétendre à un tirage honorable, sans plus. Ce fut alors que le DSI (directeur des systèmes d’information) du groupe d’édition, qui, normalement, ne prenait aucune initiative sur la stratégie littéraire, proposa une solution originale. La dernière génération des ordinateurs Watson développés par IBM – ceux qui avaient battu les champions de Jeopardy en 2011 et qui maîtrisaient les ambiguïtés du langage ordinaire – avait fait des progrès fulgurants grâce au deep learning. N’était-il pas possible de programmer l’une de ces intelligences artificielles (IA) pour écrire le prochain Houellebecq ?