France / Fiscalité

François Dubet : « Nous ne voulons plus payer pour les autres »

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Cet article est issu du numéro 84 de Philosophie magazine « 84 - novembre 2014 », en kiosque le 23 octobre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Exonérer les plus modestes de l’impôt sur le revenu, comme le prévoit le gouvernement, relève-t-il de la justice sociale ? Pour le sociologue François Dubet, cela encouragerait plutôt la préférence pour l’inégalité à l’œuvre dans la société.

Comment percevez-vous la décision du Premier ministre Manuel Valls de supprimer la première tranche de l’impôt sur le revenu ?

François Dubet : Cette mesure relève a priori de la justice sociale. Elle doit permettre à trois millions de foyers fiscaux, ceux qui gagnent moins de dix mille euros par an et par part, de sortir de l’impôt et de réduire la contribution de six autres millions. Cette mesure peut être juste, mais elle érode encore un peu plus la solidarité collective. L’impôt est une forme de contrat social dans lequel chacun paie pour ceux qu’il ne connaît pas, qui eux-mêmes paient pour lui. La mesure, en faisant passer sous la barre des 50 % le taux de citoyens contribuant à ce mécanisme, entretient le sentiment que ces « contrats » sont en panne. Ceux qui paient beaucoup ont l’impression de payer pour des pauvres qui ne le méritent pas. Et les plus pauvres ont le sentiment de ne pas recevoir ce qui pourrait leur être dû et d’être méprisés parce qu’ils ne participent pas à l’effort commun.

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