Frédéric Gros : “Une violence qui bénéficie à tous, sauf aux victimes”
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Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dénoncée par tous, la violence qui a émaillée les manifestations de « gilets jaunes » a pourtant eu une fonction stratégique et politique dont ont tiré parti le mouvement, comme le gouvernement et les médias… Irresponsable ?
On s’est beaucoup interrogé – avec raison car il y avait de quoi y perdre ses catégories les mieux implantées – sur la nature politique, l’origine sociale, les modalités stratégiques des « gilets jaunes ». J’aimerais déplacer l’angle critique ici et m’interroger sur le statut de la violence dans ce qui est apparu à tous comme un mouvement inédit. Que des manifestations de colère sociale s’accompagnent de violences n’est pas une nouveauté historique. Les samedis de la colère ont été marqués par des violences urbaines intenses, qui furent le fait de groupuscules extrémistes venus « pour en découdre », de casseurs opportunistes, de « gilets jaunes » entraînés mimétiquement par l’atmosphère de guérilla, et enfin des policiers eux-mêmes – cette dernière violence étant présentée comme forcément défensive et protectrice.