Grand entretien

Gabrielius Landsbergis : “Nous, les Lituaniens, sommes sans doute les meilleurs interprètes de ‘l’âme russe’”

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Gabrielius Landsbergis : “Nous, les Lituaniens, sommes sans doute les meilleurs interprètes de ‘l’âme russe’”

Gabrielius Landsbergis a été ministre des Affaires étrangères de la Lituanie de 2020 à 2024. © Mindaugas Mikulenas/CC BY-SA 4.0

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Ministre des Affaires étrangères de la Lituanie de 2020 à 2024, Gabrielius Landsbergis n’a pas attendu l’invasion de l’Ukraine pour défier la Russie et la Chine. Iconoclaste et tranchant, il explique quelles pourraient être les prochaines actions du Kremlin en Europe et propose des moyens de nous défendre… même sans l’Otan. 


 

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Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que la Russie pourrait attaquer prochainement les pays baltes ?

Gabrielius Landsbergis : La Russie est actuellement très occupée en Ukraine. La grande majorité de ses forces armées y est mobilisée. Cet énorme effectif d’un million et demi de personnes ne peut pas, pour le moment, être redistribué sur un autre front. Mais si la situation change, si un cessez-le-feu est instauré ou un accord signé, les Russes pourront redéployer une partie de leurs troupes, créant une situation très dangereuse pour d’autres pays voisins. Il serait par ailleurs difficile pour Poutine de repasser d’une économie de guerre à une économie normale. La Russie n’a jamais développé une économie à haute valeur ajoutée. Son industrie ne mettait sur le marché que de vieilles voitures de type soviétique que personne n’avait envie d’acheter. Maintenant, toute l’économie russe, toutes les ressources humaines, sont orientées vers la guerre, produisent des tanks et des armes. Il est très délicat de revenir en arrière. Et je doute que la Russie verrait affluer des investissements étrangers si la guerre s’arrêtait. La poursuite de conflits est donc le seul moyen d’assurer l’avenir politique de Poutine.

 

L’Europe est-elle prête à relever le défi militaire que représente la Russie ?

Sans l’aide des États-Unis, non. Même avec des investissements massifs, il faudrait cinq à dix ans pour renforcer une réelle capacité de dissuasion. Cela signifie qu’à court terme, Poutine veut poursuivre la guerre et que nous, nous ne sommes pas prêts. La situation est extrêmement dangereuse. Pour l’instant, seuls les Ukrainiens sont capables d’éloigner cette perspective. Tant qu’ils repoussent l’ennemi, abîment ses capacités militaires, avancent, ils nous protègent. Mais s’ils ne le peuvent plus, alors la situation s’aggravera, et plus rapidement que nous le croyons. 

 

Les Russes attaqueraient-ils frontalement l’Europe ?

Ils ne se lanceraient sans doute pas dans une attaque massive contre l’Europe et l’Otan. Ils pourraient plutôt de mener une offensive éclair afin de s’emparer d’une portion de territoire, tout en faisant peser la menace d’une hyper-escalade en cas de riposte occidentale. Ils pourraient par exemple prendre la ville estonienne de Narva, ou tenter de relier l’enclave de Kaliningrad au Bélarus par le corridor de Suwałki (qui forme la frontière entre la Lituanie et la Pologne). Une fois ceci accompli, ils menaceraient l’Otan d’une frappe nucléaire, afin de geler toute velléité de réaction de l’Occident.

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