Gaston à la lumière de Hannah Arendt

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En 1957, année de naissance de Gaston dans Spirou , la philosophe Hannah Arendt prononce une conférence dans laquelle elle distingue trois formes d’activité fondamentales chez l’homme : le travail, le faire-œuvre et l’action. À sa manière, Gaston témoigne de la pertinence de ce triptyque. Oui, travail compris…

U ne incertitude plane dès le départ sur les aventures de ce héros « sans emploi » , « en trop » , « bon à rien » . Bien qu’il ait été engagé par la rédaction du journal et que ses collègues attendent manifestement de lui de multiples services – de la distribution du courrier à l’entretien des extincteurs –, tout se passe comme si personne ne savait vraiment ce qu’il est venu faire là. Les tâches assez modestes qui lui sont confiées et qu’il s’empresse de ne pas remplir ou de contourner sont des tâches par défaut. Comme si on avait renoncé à lui en demander davantage. Et on serait bien en peine de définir le poste qu’il occupe. Mais par une sorte de mouvement d’inertie, Gaston s’installe peu à peu dans cette position indéterminée, trouvant dans ce refuge la possibilité d’inventer et de construire des outils en tout genre, étranges et loufoques : appareil à nouer les cravates ou les lacets, portes coulissantes, ramasse-papier qui évite de se courber, etc. Même si leur efficacité réelle pose question, ils sont supposés réduire l’effort que coûtent les tâches propres à une vie de bureau. Mais leur fonction est aussi esthétique ; ainsi, lorsque Gaston construit un jet d’eau dans son bureau (« ce sera plus joli ») ; ou ludique, lorsqu’il transforme son combiné de téléphone en pommeau de douche. Ses collègues qui voient son bureau se transformer en « un musée des objets idiots » s’interrogent : « Ce qui me semble délirant, clame Prunelle, son rédacteur en chef, c’est qu’il se trouve quelqu’un pour donner des sous tous les mois à ce gars pour faire ce genre de travail. » Malgré les engueulades et les réprimandes, Gaston parvient à faire de son absence de statut et de fonction, de son incompétence même, une protection pour lui-même et une menace pour les autres qui en viennent à redouter les catastrophes qu’il déclenche.

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