La mort

Gianni Vattimo. « Complice d’un suicide assisté »

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Gianni Vattimo. « Complice d’un suicide assisté »

Gianni Vattimo (cc) Giovanni Dall'Orto / Wikicommons

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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En avril 2009, alors que le débat sur l’euthanasie fait rage en Italie, le philosophe Gianni Vattimo, chrétien, publie un bouleversant témoignage dans la revue MicroMega. Ce texte, dont nous reproduisons ici un extrait, montre combien il est difficile d’adopter une position dogmatique sur l’euthanasie

Je l’avoue : il y a six ans, j’ai failli devenir l’assassin d’une victime consentante, ou tout au moins le complice d’un suicide assisté. Mon compagnon de l’époque (et depuis plus de vingt ans) a découvert qu’il était atteint d’un cancer du poumon, inopérable et déjà assez avancé. Or, Sergio avait perdu sa sœur, emportée par une tumeur quelques années auparavant ; il l’avait vue s’éteindre doucement en s’enfonçant dans un désespoir toujours croissant. Il ne voulait pas finir ainsi. Donc, puisque nous connaissions déjà tous les deux, pour des raisons pas seulement politiques d’ailleurs, les mouvements d’inspiration radicale qui promeuvent l’euthanasie, nous nous sommes immédiatement renseignés sur les démarches à effectuer. C’est pourquoi nous nous sommes inscrits à l’association Dignitas, qui a son siège en Suisse, et qui promet une aide dans des cas comme celui-ci, même si nous ne réussissions pas vraiment à comprendre les mécanismes : si vous y allez, ils vous hospitalisent – ou ils vous donnent tout simplement une pilule que vous devez prendre seul ?

Entre-temps, comme nous faisions la tournée des oncologues et des spécialistes à la recherche d’un remède, nous avons trouvé des médecins, qui sont devenus des amis et qui nous ont promis, en cas de besoin, d’aider Sergio à en finir sans trop de douleur physique et psychologique. Cela se fait assez couramment en fait, mais il vaut mieux ne pas le dire. Et, bien sûr, vous ne disposez de cette solution que si vous « connaissez » quelqu’un. Le pauvre malade qui ne possède pas de relations chez les médecins ni dans les hôpitaux peut difficilement compter sur ce type d’aide. J’étais député européen, je ne suis pas exactement un inconnu ; j’ai des amis médecins qui me soignent même gratuitement parfois, alors… En attendant, deuxième démarche, nous avons essayé de trouver un contact aux Pays-Bas, où nous savions, ou, du moins, croyions sa-voir, que l’euthanasie est pratiquée avec moins d’obstacles juridiques qu’en Italie. Nous avons eu la chance de trouver un excellent médecin italien qui exerçait à Amsterdam, et qui est de-venu un véritable ami ; lui aussi nous a promis qu’il était prêt, si nécessaire, à accompagner Sergio vers une fin de vie digne, en toute amitié. Par ailleurs, il a prescrit à Sergio un nou-veau médicament qui semblait fonctionner assez bien.

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