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Giulya, Louïs, Raffael... D’où vient l’engouement des parents pour l’orthographe revisitée des prénoms ?

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Giulya, Louïs, Raffael... D’où vient l’engouement des parents pour l’orthographe revisitée des prénoms ?

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Quand les professeurs font l’appel à l’école, ils découvrent chaque année de nouvelles manières d’écrire des prénoms. Comment expliquer cet engouement pour les Y, H, Z, les trémas et autres lettres redoublées ? Entretien avec Baptiste Coulmont, professeur à l’École normale supérieure Paris-Saclay, auteur d’une Sociologie des prénoms (La Découverte, 2022).


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Est-ce un phénomène nouveau que de voir l’orthographe des prénoms « personnalisés » par le ou les parents ?

Baptiste Coulmont : En effet, c’est une pratique récente qui trouve ses racines dans les années 1990. Avant 1993, la graphie des prénoms était contrôlée par la puissance publique. Des parents proposaient une orthographe, mais l’officier de l’état civil pouvait s’y opposer, en disant par exemple : « Jennifer, c’est avec un I, pas un Y. » Depuis la réforme, si l’agent estime qu’un prénom n’est pas adapté pour un enfant, il doit saisir le procureur de la République. Le contrôle n’est plus a priori mais a posteriori. Ce mode de fonctionnement a profondément changé les pratiques qui avaient cours depuis des siècles. Sous l’Ancien Régime, il n’y avait pas vraiment d’état civil en France mais un état religieux, les prénoms adoptés étaient donc ceux du baptême : vous aviez beaucoup de noms tirés de la Bible, comme Marie, Paul, etc. La période révolutionnaire a marqué une rupture, avec des prénoms qui faisaient davantage écho aux principes républicains ou aux saisons : vous pouviez appeler votre enfant Égalité, Prune ou Garance. En 1803, Napoléon a rompu avec cette période et entamé un retour à l’ordre. Pour éviter que les prénoms ne soient connotés politiquement, il fallait qu’ils fassent référence au calendrier ou à des personnages historiques. On a ainsi opéré un retour à des prénoms plus classiques, pendant deux siècles. Le fait qu'il y ait davantage de variété aujourd’hui est directement lié au fait qu'il n'y ait plus de contrôle.

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