Entretien
Hans Ulrich Gumbrecht : “C’est l’après-Trump qui m’inquiète”
Butler, en Pennsylvanie (États-Unis), le 5 octobre 2024. De g. à dr. : Elon Musk, Donald Trump et son colistier, le sénateur J. D. Vance. © Anna Moneymaker/Getty Images/AFP
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La réélection de Donald Trump est-elle une menace pour la démocratie ? Hans Ulrich Gumbrecht, professeur émérite de littérature à Stanford (États-Unis), tempère ces craintes. Il observe cependant avec inquiétude une nouvelle génération de conservateurs aux idées radicales – et antidémocratiques – s’imposer dans l’entourage du président. Nous l’avons interrogé.
Comment expliquez-vous la victoire de Donald Trump ?
Hans Ulrich Gumbrecht : Mon analyse est que Donald Trump a bien mieux compris comment gérer le sentiment d’impuissance politique de nombreux Américains. L’élément central de la démocratie parlementaire est la représentation. Au cours des dernières années et décennies, notre communication s’est toutefois massivement modifiée du fait que nous communiquons principalement par voie électronique. Je me souviens encore très bien de mon premier poste de professeur invité aux États-Unis, où il fallait convenir de tout bien à l’avance, sinon, on se ratait. Aujourd’hui, c’est différent. Nous sommes en permanence en réseau. Nous avons constamment l’impression de pouvoir envoyer et recevoir très facilement. En revanche, la structure de la représentation politique est devenue incroyablement compliquée dans le même temps. Plus personne n’imagine aujourd’hui pouvoir exercer une réelle influence sur le parlementaire qu’il a élu. On détermine certes qui siège à la Chambre des représentants, mais l’idée que l’on puisse un jour avoir une conversation avec lui, et donc une influence politique, s’est évanouie. Trump donne l’impression qu’avec lui, il n’y aura pas ce décalage entre l’hypercommunication et le sentiment d’impuissance politique. Il se met à la friteuse chez McDonald’s, conduit un camion poubelle et cherche à communiquer directement avec les gens. « Regardez, ma communication directe avec vous, je la transforme en représentation politique directe pour vous. » Il veut montrer qu’il sait que les structures démocratiques classiques, dans leur complexité, n’apportent rien aux « vrais Américains ».
La campagne de Kamala Harris a-t-elle été à l’opposé ?
La différence n’est pas si nette. Les deux candidats ont misé sur ce que j’appellerais la « communication par résonance ». Ils n’ont pas vraiment parlé de contenu, mais misé sur la sympathie. Ni Harris ni Trump n’ont dit exactement quel était leur programme. Si l’on met côte à côte le peu qu’ils en ont dit, c’est étonnamment similaire. C’était donc un duel entre deux types de « sympathie » et, en tant que citoyen américain, je comprends très bien pourquoi la majorité a choisi Trump : Harris n’a pas réussi à dissiper son image d’intellectuelle déconnectée. D’autant plus qu’il s’agit d’une personne qui a également travaillé comme procureur et qui appartenait donc à un groupe professionnel dont beaucoup de gens ont peur. Elle n’était justement pas easily accessible, ce qui, aussi stupide que cela puisse paraître, aurait pu jouer un rôle important.