Intraduisible

Hiraeth

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Cet article est issu du numéro 145 de Philosophie magazine « Plaidoyer pour la nuance (quand tout le monde veut en découdre) », en kiosque le 03 décembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : gallois

Dans son essai Du conte de fées (1947), J. R. R. Tolkien évoquait sa « nostalgie au cœur » à l’égard des terres imaginaires dépeintes dans les légendes scandinaves, qu’il affectionnait tout particulièrement. Peut-on cependant éprouver la nostalgie d’un lieu fictionnel que nous n’avons jamais arpenté et que nous ne visiterons, évidemment, jamais ? Oui, répond la langue galloise, qui possède même un mot pour qualifier cet étrange sentiment : « hiraeth ». L’hiraeth, c’est la nostalgie d’une contrée dans laquelle nous sommes dans l’impossibilité indépassable de nous rendre. Soit qu’il s’agisse d’un lieu qui n’a jamais existé, soit que ce lieu soit à jamais détruit par le passage irrémédiable du temps, dont ne subsiste que le souvenir. La ligne de partage, d’ailleurs, entre la fiction et la mémoire est floue. L’hiraeth est l’affect par excellence des déracinés qui ne pourront jamais retourner dans ce « chez-soi » rêvé mais absent auquel ils se sentent appartenir. Peut-être est-il, d’ailleurs, inhérent à l’homme que son foyer se dérobe toujours à lui et n’existe que, comme l’écrit à nouveau Tolkien, sous la forme d’une « rumeur qui court le long des côtes ».

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