Affaire Duhamel
Inceste : du tabou ancestral au réveil de la société
Camille Kouchner en 2014. © NIVIERE/SIPA
La Familia Grande. C’est le titre du livre par lequel le scandale arrive. Dans ce récit paru au Seuil le jeudi 7 janvier, Camille Kouchner, fille de Bernard Kouchner et d’Évelyne Pisier, révèle que son beau-père Olivier Duhamel, professeur émérite des universités à Sciences-Po et spécialiste de droit constitutionnel ayant occupé de nombreuses fonctions publiques, a abusé de son frère jumeau lorsque celui-ci avait 13 ans. Ces violences sexuelles incestueuses dont « Victor » (un nom d’emprunt) a reconnu avoir été la victime ont duré au moins deux ans, selon sa sœur. Cet ouvrage raconte surtout le poids du silence imposé par le violeur, accepté par une partie de la famille et subi avec effroi par une autre.
Dans les sociétés humaines, l’inceste est à la fois prohibé et tabou. Pour Claude Lévi-Strauss, cet invariant est la seule règle qui soit commune à toutes les civilisations. Mais l’inceste a ce paradoxe d’être à la fois universellement condamné et très rarement dévoilé. Pourquoi est-il si difficile d’en parler ? Qu’est-ce qui se joue dans la société pour que ce tabou soit aussi tenace ? L’inceste serait-il l’allié des puissants ? Les sciences humaines elles-mêmes ne semblent pas avoir échappé à ce tabou, puisque les anthropologues et autres historiens ont mis des décennies à s’intéresser aux témoignages des victimes. Voici comment, depuis les travaux fondateurs – mais froids – de Claude Lévi-Strauss sur l’inceste, le regard social a progressivement évolué et les dégâts causés par cette violence ont enfin été pris en compte.