Élection présidentielle en Pologne

Jacques Lévy : “En Pologne, l’élection présidentielle marque un nouveau conservatisme à l’écart des villes”

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Jacques Lévy : “En Pologne, l’élection présidentielle marque un nouveau conservatisme à l’écart des villes”

L’affiche électorale du candidat nationaliste Karol Nawrocki à Varsovie (Pologne), le 6 mai 2025. © Wojtek Radwanski/AFP

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Alors que les résultats de l’élection présidentielle en Pologne sont tombés dimanche, donnant la victoire au candidat nationaliste Karol Nawrocki, le géographe Jacques Lévy décrypte pour nous les logiques territoriales de ce vote décisif pour l’avenir de l’Europe.


 

La victoire du candidat nationaliste Karol Nawrocki à l’élection présidentielle en Pologne est-elle surprenante ?

Jacques Lévy : Cette victoire est celle de la coalition réactionnaire, qui s’est portée sur le candidat Karol Nawrocki du parti Droit et Justice (en polonais : Prawo i Sprawiedliwość, PiS), qui a battu Rafał Trzaskowski, le maire de Varsovie. C’est une victoire relativement étroite, de l’ordre de 400 000 voix sur un total de 10 millions. C’est un nouvel épisode d’une bataille jamais terminée entre les deux grandes forces politiques, les progressistes pro-européens d’un côté, et un camp conservateur de l’autre, qui, en Pologne, se caractérise par une forte allégeance cléricale. L’Église polonaise, qui a pendant longtemps été associée à l’idée nationale, représente une force considérable, encore aujourd’hui. Ce sont des successions qui sont assez habituelles depuis l’avènement de la démocratie en 1989 en Pologne. Ça prouve que la victoire de Donald Tusk [un libéral-démocrate de centre-droite pro-européen] aux élections législatives de 2023 ne signifiait pas du tout la victoire définitive de son camp.

“Cette victoire est celle de la coalition réactionnaire. C’est un nouvel épisode d’une bataille jamais terminée entre les deux grandes forces politiques de la Pologne, les progressistes pro-européens et le camp conservateur très clérical” Jacques Lévy

 

Un élément important qui, lui, n’est pas habituel, est l’émergence de deux partis d’extrême droite qui ont totalisé à eux deux 21% des voix au premier tour. Leurs électeurs se sont assez logiquement reportés sur la variante moins radicale de leurs idées qu’est le PiS au second tour. Ces deux partis sont la Confédération (en polonais : Konfederacja Wolność i Niepodległość) et la Confédération de la Couronne polonaise (en polonais : Konfederacja Korony Polskiej). Ces partis poussent encore plus à l’extrême les positions déjà quand même très marquées à droite du PiS. La divergence idéologique majeure entre ces deux partis d’extrême droite d’un côté, et le PiS et le camp progressiste de l’autre, portait sur leur positionnement par rapport à l’Ukraine. En effet, les premiers rompent la solidarité avec l’Ukraine tandis que les seconds, pour des raisons un peu différentes de celles des pro-européens, ont été jusqu’à présent solidaires de l’Ukraine. Pour l’extrême droite polonaise, au contraire, le discours était de dire « les Ukrainiens se croient chez eux, les Russes sont nos ennemis mais l’Europe n’est pas non plus notre amie ». Du coup, ils ont tendance à renvoyer dos à dos les belligérants. D’ailleurs, le PiS, tenant compte du succès de ce discours à l’extrême droite, a évolué, depuis qu’il est dans l’opposition, dans un sens moins pro-ukrainien, plus sceptique.

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