Dossier / “L’Empire, stade ultime du capitalisme ?”
Jacques Lévy : “La cartographie doit penser la complexité, mais aussi simplement que possible”
Les géographes Jacques Lévy et Sébastien Piantoni ont conçu les quatre cartes que nous vous présentons ici.
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 197 de Philosophie magazine « L’Empire, stade ultime du capitalisme ? », en kiosque le 19 février 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le géographe Jacques Lévy a conçu avec le cartographe Sébastien Piantoni les cartes que nous vous venons de vous proposer. Penseur de la mondialisation,il explicite la manière dont il conçoit ces logiques impériales et les choix qu’il a adoptés, avec son confrère, pour les représenter.
Comment avez-vous choisi de représenter les trois puissances chinoise, russe et américaine sur ces cartes ?
Jacques Lévy : Avec Sébastien Piantoni, nous avons privilégié deux types de représentation : l’une est historique, elle repose sur une comparaison entre ces trois États, avant l’arrivée des trois « apprentis empereurs ». Cela permet de mesurer les discontinuités à l’aune des continuités. Nous avons aussi voulu montrer les flux des ressources et des relations commerciales de chacun de ces pays. Toute projection cartographique produit des déformations. Nous avons fait le choix d’une projection azimutale sur le pôle Nord car l’essentiel de l’information utile se trouvait dans cet hémisphère. De nombreuses projections masquent l’unité du monde, si bien que des endroits très proches apparaissent parfois très éloignés sur une carte. Nous avons, nous, opté pour ce que le géographe Olivier Dollfus appelle le « bouclage du monde », afin de rendre compte du fait que les États-Unis, la Russie et la Chine sont proches et que leurs systèmes militaires, y compris nucléaires, accordent beaucoup d’importance à l’Arctique.