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“J’ai vécu un moment stationnaire, figé dans la répétition” : Laurence Hansen-Løve et le temps de la maladie
Laurence Hansen-Løve. ©Serge Picard pour PM
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Dans notre tout nouveau numéro, nous avons interrogé six philosophes qui ont tous vécu la contrainte du temps qui ne leur appartient plus tout à fait. Parmi eux, Laurence Hansen-Løve, qui a connu l’épreuve de la maladie. Elle témoigne ici de cette expérience d’aliénation.
« Le temps du patient hospitalisé est pour moi un temps mort. Je souffre d’une maladie qui nécessite de recevoir des soins à l’hôpital. Il y a quelques semaines, en sortant de ce même hôpital, j’ai été renversée par un vélo et je me suis brisé le col du fémur, ce qui a nécessité une opération. Face à cet enchaînement de catastrophes médicales, j’ai été prise en charge avec beaucoup de bienveillance. De 5 heures du matin à 22 heures, les allées et venues ne s’arrêtaient pas. Quand je dis que le temps était “mort”, cela ne signifie pas qu’il ne se passait rien, bien au contraire ! Mais c’est justement cette impossibilité d’être seule et de pouvoir maîtriser son existence qui est aliénante. En temps normal, la conscience du temps présent puise dans le passé pour se projeter vers l’avenir. Notre présent est donc toujours marqué par un dynamisme, un mouvement. Or, à l’hôpital, cette dynamique s’arrête, car il est impossible de se projeter. Je ne savais même pas si j’allais remarcher un jour. Je n’arrivais plus à lire, à me concentrer, ni même à rêvasser. Je vivais donc un moment stationnaire, haché, figé dans la répétition. On devait me faire la toilette, ce qui est en soi une expérience choquante.