Hommage

Jean-Claude Carrière, au bout du conte

Temps de lecture : 2 min

Jean-Claude Carrière, au bout du conte

Jean-Claude Carrière, dans son appartement parisien, en juin 2011. © Bernard Bisson/JDD/SIPA

« Maintenant que je suis près de la mort, je me rends compte que j’ai fait de mon mieux dans mon domaine, mais que tout reste à faire. […] Personne ne peut dire : j’ai accompli l’œuvre suprême. […] Lorsque je mourrai, ce que j’avais à dire restera à dire. » Il y a un an, Jean-Claude Carrière nous accordait un entretien consacré à la sagesse des contes, des mythes et des légendes. Le conteur, comme il se définissait lui-même, est mort hier dans la nuit, à l’âge de 89 ans. Dans son sommeil – d’une mort simple, sans prétention, à son image. « Nous racontons pour dire des choses que l’on est le seul à savoir ou à avoir vu. Pour partager. Mais il ne s’agit pas d’un “dur désir de durer”. Je sais très bien qu’après ma mort, je n’aurai aucun souvenir de ma vie. Si je dure encore, tant mieux pour ma famille. Mais sinon peu importe. Rêver de gloire posthume m’est assez étranger. Tout se passe, me semble-t-il, dans la vie. » 

Il restera pourtant, sans aucun doute, dans l’histoire pour son adaptation théâtrale du Mahabharata, la plus célèbre des épopées indiennes, conçue avec son compagnon de route Peter Brook, et représentée pour la première fois en 1985 à Avignon : onze ans de travail, neuf heures sur scène. La partie émergée d’une oeuvre monumentale faite de voyages, de rencontres, de curiosité. Oeuvre qui, de La Vallée du néant à La Controverse de Valladolid, en passant par la Conférence des oiseaux, dévoile les trésors des cultures du monde. Carrière définissait le conteur comme un « menteur qui dit vrai », qui révèle un trait fondamental de l’existence à travers les fictions. Prenez Homère, par exemple : pourquoi Ulysse quitte-t-il Calypso ? « Parce qu’il s’emmerde ! L’immortalité ne lui convient pas. Il y a là, je crois, un désir de mort, un désir d’être comme les autres humains. Je le sens en vieillissant, vient un moment où l’on se dit : je me suis assez battu, j’en ai assez fait. »

Découvrez l’entretien que nous avait accordé Jean-Claude Carrière
Les concepts liés à cet article

ExistenceMalMélancolieReligionVie