Culture / Cinéma
“Joker”, sous le masque du rire
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Cet article est issu du numéro 134 de Philosophie magazine « Pourquoi sommes-nous si fatigués ? », en kiosque le 24 octobre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En racontant la jeunesse du futur adversaire de Batman, le cinéaste Todd Phillips interroge dans Joker (actuellement en salles) l’ambivalence du rire. Avec Bergson, on découvre qu’il manifeste la cruauté sociale plutôt que la joie de vivre.
Alors que la rumeur des clowns tueurs enflamme l’esprit des adolescents à l’approche d’Halloween, le film Joker, qui réconcilie fans de super-héros et spectateurs d’art et d’essai, raconte la formation d’un monstre. Comment le Joker, la némésis de Batman, être foncièrement maléfique mais arborant sa tête de clown rigolard et adepte de farces macabres, est-il devenu ce qu’il est ? Au début des années 1980, la fictive Gotham City traverse une crise sociale qui débouche sur une insurrection contre les riches. Un jeune homme solitaire (Joaquin Phoenix, photo), rêve de devenir comique de stand-up. En attendant, il gagne péniblement de quoi s’occuper de sa mère en se grimant en clown. Il souffre de problèmes psychiques qui se révèlent à travers une étrange particularité. Lorsqu’il rit, il ne peut plus s’interrompre. Et l’on ne sait plus si ce rire est joyeux ou s’il exprime la souffrance. Cet homme ne fait donc rire personne. Il fait plutôt peur ou déchaîne l’agressivité contre lui. Son sourire permanent, encouragé par la société du spectacle et sa mère (qui l’appelle « Joyeux »), et son rire sinistre n’expriment aucune joie.