Dossier / “Comment trouver les mots justes ?”
Les mots pour le rire
« Bac philo des humoristes » au thêatre de Bobino. ©Caroline Bazin
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Cet article est issu du numéro 202 de Philosophie magazine « Comment trouver les mots justes ? », en kiosque le 20 août 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La quête du bon mot, celui qui fait mouche, c’est l’obsession des humoristes. À quelques heures d’un spectacle réunissant plusieurs d’entre eux, nous avons enquêté pour connaître les méthodes de ces travailleurs du rire.
Au théâtre Bobino, la pression monte. Papier-stylo à la main, huit humoristes s’affairent en coulisses pour finaliser des sketchs sur les sujets de l’épreuve de philo du bac qui a eu lieu le même jour. L’idée malicieuse de ce « Bac philo des humoristes », imaginé il y a quelques années par Karim Duval, rencontre un grand succès : la salle de neuf cents places est comble. Dans les couloirs du théâtre comme dans les loges, on croise des comédiens de stand-up fébriles, qui relisent une dernière fois leur texte à voix haute en faisant les cents pas. « Il faut se mettre les mots en bouche, se les approprier pour voir comment ils sonnent », explique Audrey Baldassare, première à passer sur scène, qui rature son texte jusqu’à la dernière seconde. Devant le public, elle n’hésite pas à évoquer son inquiétude à l’idée d’avoir dû retrouver, le temps d’une soirée, les bancs de l’école et le souvenir du baccalauréat.
Cette tension tangible renvoie une image étonnante du milieu de l’humour. Loin d’être d’insouciants ludions se laissant volontiers porter par leur bagout, ces comiques apparaissent comme des élèves studieux, travaillant d’arrache-pied pour trouver la meilleure façon de dire et de faire rire. La recherche du mot juste – drôle et efficace – passe par l’inlassable répétition de leurs sketchs. « À chaque passage sur scène, il faut s’enregistrer et se réécouter pour comprendre ce qui marche ou pas », explique Marie Reno. Également musicienne, elle vient de finir de « faire les balances » avec l’ingénieur du son. Ses passages sur scène se font en chansons, ce qui lui permet de jouer sur les contrastes : « Tu mets une petite bossa nova hypercool, et puis tu parles de meurtre dessus. Des sujets acides sur des musiques douces, c’est très drôle », explique-t-elle. La bonne blague surprend le public, le réveille… Les humoristes travaillent leur sens du timing, qui tient parfois à d’infimes détails, comme le souligne l’humoriste suisse Thomas Wiesel : « Si on enchaîne deux blagues d’affilée, les gens n’entendront pas la deuxième. Notre métier consiste à faire de la gymnastique grammaticale pour déplacer le bout drôle afin qu’il soit audible. »