Entretien

Philippe Geluck : “La pensée du Chat éclaire le monde. Mais le monde n’est pas encore au courant”

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Philippe Geluck : “La pensée du Chat éclaire le monde. Mais le monde n’est pas encore au courant”

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« Pif, Paf, Pouf, c’est un bon début. » Ce fut la leçon d’humour n° 1 du Chat déclinée par son fameux strip en trois cases. Il l’a griffonné le 3 mars 1983 pour le quotidien belge Le Soir, le jour de la mort d’Hergé. Son inventeur, le dessinateur Philippe Geluck, n’en savait guère plus sur le projet philosophique de son personnage. En sait-il davantage trente-huit ans plus tard, alors que Le Chat sort de ses cases pour entamer une carrière de bronze antique et monumental sur les Champs-Élysées parisiens ? Pas sûr, mais ce serait quelque chose entre La Fontaine, la philosophie de comptoir, la pataphysique, la conscience du tragique et le fou rire de l’instant… Rencontre avec un philosophe joyeux.

 

Si vous étiez philosophe, qui seriez-vous ?

Philippe Geluck : Je n’en serais pas un seul, parce qu’être Aristote ou Montaigne, c’est déjà fait. Je serais donc un mélange. Sans vouloir me vanter, je serais un hybride de Confucius, Frédéric Dard, le type du bistrot du coin (j’y tiens beaucoup), Emil Cioran et Alphonse Allais. Tout ceux-là forment ma famille de pensée. Vous aurez noté que ce ne sont pas de « vrais » philosophes, je n’ai jamais lu de livre de vraie philosophie. 

“Comme Monsieur Jourdain et la prose, je fais de la philosophie sans le savoir. Rien n’est pensé chez moi avant d’être fait”
Philippe Geluck

 

Pourtant, on reconnaît chez vous un brin de pataphysique …

Sans doute que, comme Monsieur Jourdain et la prose, je fais de la philosophie sans le savoir. J’ai lu Queneau, peut-être m’en suis-je nourri, mais c’est instinctif. Rien n’est pensé chez moi avant d’être fait. Il n’y a rien de plus cruel pour moi que de découvrir qu’un grand ancien a déjà dit ce que je croyais avoir inventé. C’est très vexant ! Alphonse Allais appelait cette manie le plagiat par anticipation. De quel droit ces gens ont-ils dit des trucs profonds avant que je ne puisse le faire ? C’est pour cette raison que je dis aussi, ou fait dire au Chat, des crétineries absolues, parce que celles-là, les grands penseurs n’y ont pas pensé ! C’est ce qui rend Le Chat un poil prétentieux.

 

Mais il a aussi une certaine façon très plate d’exister : il est là, et puis c’est tout.

Ça me rappelle quelqu’un qui a dit un truc fort du genre : « L’existence précède l’essence » ? 

 

Oui, et un autre, encore plus fort, a parlé du Dasein, l’« être là »…

Ah oui ? Alors, en effet, Le Chat est. Il est une évidence. Il se prend assez au sérieux sans que l’on sache s’il se fout de notre gueule ou pas. Il a en tout cas le sentiment très intime que sa pensée éclaire le monde mais que le monde n’est pas encore au courant. Vous croyez que c’est cela, être philosophe ? 

 

Ça se discute… Mais poursuivons sur la pensée du Chat. Il semble adorer les questions métaphysiques : « C’est important les silences dans une conversation, mais s’il n’y a plus que des silences, il n’y a plus de conversation », dit-il.

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