Cinéma
“Juste une illusion” : peut-on échapper à la nostalgie ?
Juste une illusion. © Manuel Moutier / Adnp / Ten Cinema / Gaumont / Tf1 Films Production / Quad+ten
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Le nouveau film d’Éric Toledano et Olivier Nakache, Juste une illusion, connaît un beau succès en salles. Cette comédie tendre, située dans les années 1980, est-elle le symptôme d’une époque qui doute et se réfugie dans la nostalgie ? L’analyse d’Ariane Nicolas.
Il y a les lunettes rectangulaires, les vestes à épaulettes, la Renault 30, le papier peint délirant, la cold wave, le groupe Téléphone, SOS Racisme et le chômage de masse. Dans Juste une illusion, le nouveau film du duo Toledano-Nakache (Intouchables, Le Sens de la fête…), les années 1980 sont reconstituées avec une méticulosité quasi obsessionnelle. On suit les aventures de Vincent Dayan (Simon Boublil), collégien vivant avec ses parents et son grand frère dans un T3 de banlieue parisienne, à quelques semaines de fêter sa bar-mitsvah mais davantage concerné par son amour naissant pour Anne-Carine, avec qui il prépare un exposé.
L’illusion de l’enfance
Au cœur de cette comédie tendre plébiscitée par le public, une illusion de taille : le père, Yves (Louis Garrel), cache à sa femme Sandrine (Camille Cottin) qu’il a été viré. C’est le frère de Vincent, Arnaud (Alexis Rosenstiehl), qui lui dévoile le pot aux roses. À partir de cette révélation, Vincent semblera prendre conscience d’autres faux-semblants caractérisant le monde qui l’entoure : l’énergie de la mère qui voile sa mélancolie de pied-noire déracinée ; la tyrannie de l’aîné qui dissimule un amour fraternel pudique ; la dominance de la religion, qui s’accommode en réalité de croyances personnelles bricolées ; la bienséance des bourgeois, qui peut camoufler des idées nauséabondes.
“Tel un prisonnier de la caverne de Platon enfin libéré de ses chaînes, ce presque adulte découvre la réalité derrière les apparences”