Cinéma

Trois raisons philosophiques de (re)voir “Le Mépris” de Godard

Temps de lecture : 6 min

Brigitte Bardot dans le film “Le Mépris”, de Jean-Luc Godard (1963)

Brigitte Bardot dans le film “Le Mépris”, de Jean-Luc Godard (1963). © Studiocanal–Compagnia Cinematografica Champion S.P.A.

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Pour rendre hommage à Jean-Luc Godard, plusieurs de ses films sont reprogrammés à la télévision, dont Le Mépris (1963), diffusé ce mercredi soir sur la chaîne Arte. Ariane Nicolas revient sur ce chef-d’œuvre où s’entrechoquent la Grèce antique, une crise de couple atypique et une réflexion sur la mort du cinéma, bien moins machiste qu’on ne le dit parfois.

 

« Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. Le Mépris est l’histoire de ce monde. » Devenu légendaire, ce générique vocal qui ouvre le film de Jean-Luc Godard plante d’emblée le décor. Dans Le Mépris (1963), il sera question de mondes irréconciliables que le cinéma tente de nous faire aimer, ou du moins sentir. Le film est traversé par trois grandes oppositions : entre l’ancien et le moderne, entre l’harmonie et le chaos, entre un homme et une femme. Cet article est l’histoire de ces oppositions.

Des statues grecques au cinémascope

Paul (Michel Piccoli) est un auteur de théâtre courtisé par un producteur américain (Jack Palance) qui souhaite lui confier la réécriture d’un film, une adaptation de L’Odyssée d’Homère réalisée par Fritz Lang. Tous se retrouvent donc dans les studios de Cinecittà, en Italie, accompagnés de Camille, la femme de Paul (Brigitte Bardot), et d’une traductrice (Giorgia Moll). Film sur un film en train de se faire, Le Mépris entrelace des imageries anciennes, statues grecques et maisons décaties, à des voitures rutilantes et des bâtisses modernes – l’appartement du couple à Rome et la fameuse villa Malaparte, à Capri.

« Toute la deuxième partie sera dominée par le bleu profond de la mer, le rouge de la villa et le jaune du soleil, on retrouvera ainsi une certaine trichromie assez proche de celle de la statuaire antique véritable, écrit Godard dans ses notes de scénario. Dans tout le film, le décor ne doit être utilisé que pour faire sentir la présence d’un autre monde que le monde moderne de Camille et Paul. » Opposition strictement respectée. L’Antiquité est convoquée dans des citations de Socrate, ânonnées par le producteur, mais aussi un livre sur des mosaïques romaines érotiques, les draps de bain portés comme des toges, et la présence tout sauf innocente d’un Allemand – car « ce sont les Allemands qui ont découvert Troie ». Face à Paul qui s’identifie à Ulysse, héros qui refuserait de rentrer chez lui car il n’aimerait plus Pénélope, Fritz Lang s’inscrit en faux. Selon lui, c’est la volonté des dieux qui ralentit son retour : « Ulysse n’est pas un névrosé moderne, », juste un jouet du destin.

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