Le billet de Jean-Marie Durand
J’y pense et puis je lis / Mai 2022
Cet article est issu du numéro 159 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qui nous rend courageux ? », en kiosque le 05 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Outre la finesse de son écriture et de sa direction d’acteurs, la série En thérapie doit-elle son succès à un attrait diffus, et paradoxal, pour la psychanalyse ? Contestée par la psychologie cognitive et les neurosciences, figée sur des positions conservatrices face aux troubles du genre, de la famille et des identités, elle pâtit de ses excès de moralisme et de normativité. Reproche que lui adressaient déjà Gilles Deleuze et Félix Guattari dans L’Anti-Œdipe (1972) ou Michel Foucault dans La Volonté de savoir (1976). Signe possible d’une résurrection des analystes auprès des névrosés du monde contemporain, En thérapie résonne également dans le redéploiement réflexif de beaucoup de psychanalystes critiques, soucieux de déconstruire leur pratique normalisante, leur fanatisme de la différence sexuelle ou leur défense d’une épistémologie hétéronormative, depuis leur corps doctrinal mais aussi depuis de nouvelles formes de savoir. Comme le soutiennent Laurie Laufer dans Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion (La Découverte, 280 p., 18,50 €) et Aurélie Pfauwadel dans Lacan versus Foucault. La psychanalyse à l’envers des normes (Les Éditions du Cerf, 392 p., 26 €), la psychanalyse ne pourra se revivifier qu’en se nourrissant d’autres discours, d’autres expériences. Freud comme Lacan avaient d’ailleurs à cœur de laisser la discipline ouverte à l’inventivité et à la « réinvention ». Reconnaître que les pathologies sont en partie liées aux transformations de la société, relier l’intériorité d’une économie psychique individuelle à l’extériorité des normes sociales de sensibilité : c’est ce à quoi s’attachent le docteur Dayan dans la série et tous les thérapeutes pour qui la psychanalyse reste une théorie critique à l’écoute du monde social et de ses affects. Chez qui les divans réaniment les vivants.