“Kant est une andouille”: la maison du philosophe taguée
« Le manque de jugement est proprement ce que l'on appelle stupidité, et à ce vice il n'y a pas de remède », écrit Emmanuel Kant dans la Critique de la raison pure. L’éminent philosophe des Lumières a été la victime de ce « vice irrémédiable » qu’il déplore : la bêtise. Le quotidien anglais The Telegraph révèle que la maison du célèbre penseur a en effet été vandalisée. «Kant est une andouille», ainsi qu’une fleur et un cœur, ont été tagués en vert sur le mur de brique rouge de la bâtisse à l’abandon, dans l'enclave russe de Kaliningrad, en Russie.
Les faits ont été découverts alors que des journalistes vérifiaient l’avancée des travaux de rénovation de la maison, promis de longue date et jamais entamés. Les autorités locales ont annoncé en 2014 vouloir protéger ce « monument historique » et l’ouverture prochaine d’un musée Kant. La promesse n’a cependant été suivie d’aucune réalisation, si bien que la maison, aujourd’hui prête à s’effondrer, n’est plus qu’un squat pour les soirées arrosées de la jeunesse locale.
La superstar de la philosophie est pourtant un motif de fierté pour cette ville de la Baltique, ancienne Königsberg et capitale de la Prusse orientale. Emmanuel Kant y naît le 22 avril 1724 et y mène toute son existence, bouleversant le monde de la pensée sans jamais se déplacer ni s’aventurer hors de ces frontières, jusqu’à sa mort le 12 février 1804.
L’université aujourd'hui porte son nom. Une statue le représente au centre la ville. Il est enterré dans la cathédrale gothique, où la tradition veut que les couples fraichement mariés déposent un bouquet de fleur sur la tombe en marbre de cet éternel... célibataire. Allez comprendre. Mieux, on se dispute encore pour savoir qui est « le plus grand admirateur du philosophe ». En 2013, un vif échange entre deux hommes sur « l’œuvre et les mérites d’Emmanuel Kant » s’était ainsi soldé par des coups de feu, touchant l’un des interlocuteurs à la tête. De quoi faire se retourner dans sa tombe l’auteur du Projet de paix perpétuelle, décidemment bien mal servi par ses disciples slaves.