La compagnie d’un mort

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La compagnie d’un mort

© Charles Berberian pour PM

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Cet article est issu du numéro 84 de Philosophie magazine « 84 - novembre 2014 », en kiosque le 23 octobre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« L’aube accrochait aux arbres des lambeaux d’innocence. » Ce n’est pas seulement pour des images comme celles-là que j’aime René Crevel, cet écrivain surréaliste hélas ! un peu oublié. Non, j’aime René Crevel parce que j’ai vu en lui, quand je l’ai découvert à l’adolescence, une « âme frère », si l’expression est permise. Car nous avons, lui et moi, presque la même histoire.

Un jour de novembre 1914, alors que René n’est âgé que de 14 ans, sa mère, dans un état de crise panique, le pousse à travers leur appartement parisien pour lui faire voir son père : celui-ci oscille lentement au-dessus du vide. Il s’est pendu. Moi aussi j’ai dû traverser cette scène-là, affronter cette vision, alors que j’avais 11 ans. Et comme par enchantement, chaque fois que j’ouvre un livre de Crevel – quel nom, tout de même… – et que je parcours quelques lignes au hasard, j’ai l’impression d’y retrouver la couleur de mes pensées.

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